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Brésil : L’Amazonie sur un plateau d’argent

Michel Temer, président autoproclamé du Brésil, a signé un décret qui offre une réserve naturelle majeure (l’équivalent de la Suisse) en forêts à l’exploitation minière privée.
[10 Octobre 2017]
C’est par un décret lapidaire de seulement quatre articles que Michel Temer, président autoproclamé du Brésil, a mis à mort l’une des plus grandes réserves naturelles du monde. La réserve nationale de Cobre, dite Renca, qui s’étend au nord-est du pays, a été officiellement déclarée fermée mercredi. Ou plus précisément ouverte, mais aux exploitations minières privées, depuis longtemps à l’affût de ce (gros) morceau de forêt amazonienne, situé à deux pas de l’Eldorado dont rêvaient les colons du XVIème siècle.

Vaste de 47 000 km2 – pour comparaison, la Suisse en couvre 41 000 –, à cheval entre les États du Para et de l’Amapa qui longent le fleuve Amazone par le nord et la Guyane par le sud, la Renca regorge d’or, mais aussi de fer, de manganèse et de tantale.

Depuis 1984, date de sa création par la dictature militaire, l’exploitation de ces trésors y était strictement régulée et restait l’apanage des entreprises publiques. En 2010, un rapport des autorités locales et fédérales recensait ainsi près de 250 sites en activité, dont 20 % datant d’avant la création de la Renca.

Des voix s’élèvent pour dénoncer la vente de tout un territoire au secteur privé international

Avec le changement de donne, beaucoup redoutent que ce chiffre n’explose. Des voix s’élèvent, surtout, pour dénoncer la vente de tout un territoire au secteur privé international, y compris ses forêts, sa biodiversité et surtout ses populations indigènes. “Tout cela se déroule au moment même où le gouvernement réduit drastiquement les taxes (aux entreprises – NDLR)”, note ainsi le journaliste Miguel do Rosário, sur son blog O cafezinho (Le petit café). Figurant au nombre de mesures établies dans le cadre d’un « paquet pour la revitalisation de l’exploitation minière », l’abolition des protections qui encadraient la Renca planait dans l’air depuis janvier. Ouvertement posée sur le tapis en avril, elle essuie, depuis, un vent d’oppositions. En juillet, un rapport publié par le WWF Brésil alertait quant au fait que la Renca mord sur neuf aires protégées d’envergure, dont celles du Parc national des montagnes de Tumucumaque. Des espaces dont la protection est quant à elle censée être exclusive, prohibant toute activité industrielle.

Plus de 50 500 km2 de forêt amazonienne seraient ainsi privés de toute protectionv
Le développement de l’activité minière risque d’y avoir des impacts indésirables, tels qu’une explosion démographique, de la déforestation, un accroissement des conflits fonciers et des menaces à l’encontre des populations indigènes”, argumentait alors Mauricio Voivodic, directeur exécutif de l’ONG, laquelle estime que les zones de la Renca dotées du meilleur potentiel minier se trouvent justement dans les aires protégées. “Si le gouvernement persiste sans discuter de la sauvegarde socio-environnementale, il pourra être mis en cause internationalement”, insistait quant à lui Jaime Gesisky, spécialiste des politiques publiques. La Norvège n’a pas attendu ce conseil. En juin, lors d’une visite du président Temer à Oslo, le principal bailleur de fonds pour la protection de la forêt amazonienne prévenait que ses paiements au Brésil seraient divisés par deux en 2017 du fait de l’accélération de la déforestation. Il n’en va pas uniquement de la Renca. Une autre loi, toujours en discussion, envisage de réduire de 350 000 hectares la réserve de la forêt nationale du Jamanxim, au Pará. Au total, plus de 50 500 km2 de forêt amazonienne seraient ainsi privés de toute protection, soit l’équivalent du Costa Rica.
Marie-Noëlle Bertrand
L’Humanité
humanite.fr