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Rohingya : Les pressions insuffisantes de l’UE sur la Birmanie

Le 16 Octobre 2017, le Conseil des affaires étrangères (CAE), se composant des ministres des affaires étrangères de tous les Etats membres de l’Union Européenne, abordait la question de la Birmanie. A la mi-octobre 2017, plus de 536,000 réfugiés, majoritairement issus de la minorité Rohingya, avaient fui le nord de l’Arakan pour le Bangladesh depuis le 25 août.
[17 Octobre 2017]
Le 16 Octobre 2017, le Conseil des affaires étrangères (CAE), se composant des ministres des affaires étrangères de tous les Etats membres de l’Union Européenne, abordait la question de la Birmanie. A la mi-octobre 2017, plus de 536,000 réfugiés, majoritairement issus de la minorité Rohingya, avaient fui le nord de l’Arakan pour le Bangladesh depuis le 25 août.
Les conclusions adoptées par le CAE, si elles sont pertinentes, restent malheureusement symboliques et largement insuffisantes. Le CAE a ainsi souligné que cet exode massif était indicatif « d’une action délibérée destinée à expulser une minorité » sans pour autant qualifier cette action de nettoyage ethnique comme l’a fait le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. La responsabilité indéniable de l’armée birmane et l’inaction du gouvernement civil doivent être clairement dénoncées.

La seule mesure pratique décidée par le CAE aujourd’hui était de suspendre les invitations de militaires de haut-rang à visiter l’Union Européenne. Cette mesure est bien évidemment insuffisante et ne répond pas à l’ampleur de la crise. Les mesures restrictives de l’Union européenne doivent être élargies.  Fournir tout type d’équipement à l’armée birmane et/ou toute forme de coopération avec cette dernière doit être interdit. Nous réitérons notre appel à l’Union Européenne à soutenir un embargo global sur la vente d’armes, à réinstaurer des sanctions ciblées à l’encontre de militaires de haut-rang et de représentants gouvernementaux et à interdire de nouveaux investissements et relations commerciales avec des entreprises détenues par l’armée birmane ou par des membres de l’armée et leurs familles.

Alors que le CAE a une nouvelle fois réclamé au nom de l’Union européenne un accès sans entraves à l’aide humanitaire, cet appel doit être élargi à l’accès des médias et observateurs indépendants au nord de l’État d’Arakan. La diffusion de fausses informations, à laquelle le gouvernement birman a plusieurs fois contribué, éloigne la possibilité de résolution de crise et contribue à diffuser dans le pays un sentiment anti-Rohingya et antimusulman.

Les recommandations émises par la Commission Consultative sur l’état d’Arakan, présidée par l’ancien Secrétaire-général des Nations Unies Kofi Annan constituent un point de départ nécessaire pour la collaboration entre le gouvernement birman et la communauté internationale afin de trouver des solutions équitables et durables. Cependant, nous appelons l’Union Européenne à dénoncer la procédure de vérification de citoyenneté basée sur la loi de citoyenneté discriminatoire de 1982 et qui n’a reçu le soutien d’aucune communauté en Arakan.  L’Union Européenne doit soutenir et apporter son expertise au processus de révision de la loi de 1982, en insistant sur l’abandon de l’ethnicité comme critère majeur pour la détermination de la citoyenneté en Birmanie.

Le rapatriement des réfugiés dans leurs villages d’origine doit être dès maintenant envisagé mais ne doit pas occulter que les possessions des Rohingya ont été massivement détruites ou expropriées. L’Union Européenne doit condamner le projet du gouvernement birman selon lequel des preuves de résidence passée en Birmanie seront nécessaires pour être de nouveau accepté sur le territoire birman. La discrimination institutionnalisée des Rohingya, ainsi que les conditions dans lesquelles ils ont été contraints de fuir le nord de l’état d’Arakan depuis le 25 août, rendent impossible pour une grande majorité d’entre eux de fournir de telles preuves.

L’engagement de l’Union Européenne à répondre en conséquence à tout développement  positif parait malvenu, si ce n’est dangereux. Le gouvernement birman est familier avec des effets d’annonce symboliques destinés à masquer son inaction et son implication dans les abus perpétrés. L’Union Européenne doit indiquer clairement au gouvernement civil et à la Conseillère d’État Aung San Suu Kyi que toute coopération et soutiens futurs seront conditionnés à une amélioration de la situation dans l’Etat d’Arakan mais également dans le reste du pays, en termes de droits de l’Homme et de transparence.  Info Birmanie exhorte l’UE à collaborer efficacement avec l’ASEAN dans ce sens.
Info Birmanie