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Guyane : création officielle du Parc amazonien de Guyane

Le Décret n° 2007- 266 du 27 février 2007 publié ce jour au JO officialise la création d’un parc national en Guyane dénommé Parc amazonien de Guyane.
En officialisant cette création, l’état français ne respecte pas les volontés de la grande majorité des communautés amérindiennes et fragilise encore davantage leur survie en tant que peuple distinct.
[28 Février 2007]
Lancé au sommet de la terre de Rio, le projet de Parc amazonien de Guyane, rejeté en 1998 par les élus guyanais avant d’être relancé en 2003, est aujourd’hui une réalité. Les campagnes de nombreuses associations de défense des droits des peuples autochtones et de l’environnement n’auront donc pas suffi pour faire entendre la voix des autochtones.

La position d’ICRA, soutenue pas des scientifiques de renom comme Francis Hallé et diverses communautés amérindiennes, d’un parc naturel au nord (là où se trouve la biodiversité à protéger) et d’un territoire autochtone autonome au sud (avec la reconnaissance des droits de propriété foncière collective), n’a donc pas été retenue puisque le parc créé se situe au sud et ne reconnaît pas la propriété foncière collective des Amérindiens.

Ce parc amazonien qui couvre une superficie de 3,39 millions d’hectares - un tiers de la Guyane - est constitué de zones cœur - 2 millions d’hectares - (où l’activité minière est interdite) et de zones de libre adhésion - le reste du parc - où la pratique minière, notamment l'orpaillage, est autorisée avec tous les dangers que représente cette activité (déjà fortement développée) pour les hommes et leur environnement (voir notre texte “un parc contre les Amérindiens”).

Au cours des dernières réunions avec les commissaires enquêteurs, les représentant des communautés amérindiennes notamment Wayana et Emerillon avaient demandé que l’ensemble des territoires amérindiens soit rattaché à la zone coeur du parc afin de protéger leurs villages de l’activité aurifère qui détruit leur espace de vie.

Fin décembre 2006, le gouvernement avait annoncé qu’il n’allait pas donner suite aux demandes de modification des limites du futur parc national.
ICRA avait alors lancé une campagne de lettre au président de la république afin que soit prise en compte ces ultimes revendications amérindiennes.
Malheureusement, même ces demandes à minima ont été rejetées, ce qui laisse augurer un sombre avenir pour les Amérindiens de Guyane.

Menaces à moyen terme

La création du parc risque de produire de nombreux changements au sein des communautés, qui n’y sont guère préparées. Pour les verts de Guyane, l’installation des opérateurs de tourisme, les intrusions dans les villages et surtout la création future - en toute logique - d’un réseau routier et les mutations qu’il facilitera auront des conséquences imprévisibles. Quelques individus tireront sans doute leur épingle du jeu. Mais il est évident que les sociétés du sud dans leur ensemble, du fait des précarités et des retards accumulés, ne pourront affronter les multiples situations de concurrence qui se présenteront.
Par ailleurs, les Amérindiens redoutent à juste titre un développement accéléré des activités minières dans les zones de libre adhésion.
Les amérindiens ne traverseront pas ces mutations sans dommages qui peuvent conduire rapidement à la paupérisation des communautés et à terme, à la dissolution de ces dernières.

Précarité foncière

Les autorités, depuis toujours, éludent la question de la propriété foncière collective, qui est pourtant à la base de l’organisation sociale des sociétés traditionnelles. Il est possible que les intéressés n’émettent pas de demande. Mais il est un fait que dans leur grande majorité, les amérindiens du sud se croient propriétaires, et que dans leur conception de la relation à la terre, l’intérêt des formalités (l’obtention d’un titre foncier) leur échappe. Cependant l’absence de titre de propriété interdit toute action en justice civile contre les intrusions, sur les espaces ouverts des villages ou des zones de droits d’usage. C’est cette précarité foncière enfin qui fera des Wayanas, des Emerillons et des Wayampis, à terme, des peuples sans territoire.

Qui dit parc dit abrogation de l’arrêté de 1970

Les villages du sud de la Guyane sont actuellement protégés par cet arrêté qui interdit à toute personne de pénétrer sur le territoire amérindien sans autorisation préalable. Les villages étant situés en zone non protégée du Parc, l’abrogation du décret conduira immanquablement à des intrusions indésirables au sein des communautés… et le principal problème réside dans le fait que les Communautés ne disposent d’aucun moyen de défense contre ces intrusions : le statut des terres des villages (zones de droits d’usage), en l’absence de titres de propriété, ne leur donne aucun moyen d’intenter aucune action civile contre les intrusions ou les occupations sauvages. Ainsi, la réglementation du projet de Parc consiste dans les faits à étendre aux résidents les droits d’usage (chasse, pêche, cueillette, culture d’abattis) qui étaient auparavant réservés aux seules Communautés d’habitants.

Le combat continue

ICRA vient de rejoindre le collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni (Les verts de Guyane, Oka Mag, etc.) et compte bien continuer à faire pression sur les autorités françaises afin de faire entendre la voix des Amérindiens de Guyane qui demandent notamment :
• le rattachement de tous les territoires amérindiens à la zone cœur du parc,
• l’interdiction de l’orpaillage sur l’ensemble du parc,
• le maintien de l’arrêté de 1970,
• la reconnaissance de la propriété foncière collective des communautés amérindiennes.

Le dossier complet de la campagne Guyane