ICRA vous informe...
mailing-list
Inscrivez-vous à nos mailing-list! et recevez toutes nos informations sur les peuples autochtones.

Actualités

ONU : Evo Morales ouvre les travaux de l’Instance Permanente

C’est avec enthousiasme et dans une salle comble que l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones a ouvert ses travaux en présence du Président bolivien, Evo Morales Ayma, lui-même membre du peuple Aymara, originaire du Pérou et des hautes terres boliviennes. Pour la première fois en effet, le Président d’un État Membre s’adressait à l’Instance qui doit aborder, jusqu’au 2 mai, les questions relatives aux changements climatiques, à la diversité bioculturelle et aux moyens d’existence.
[22 Avril 2008]
Après avoir salué la résistance des peuples autochtones et leur lutte pour l’égalité et la justice, le Président bolivien a énoncé “10 propositions pour sauver la planète”, comme le maintien des services publics pour la fourniture de tous les services de base, ou encore le développement des énergies propres, en passant par l’abolition du système capitaliste et le rejet du recours à la guerre. Voulant promouvoir davantage la diversité culturelle et économique des pays, il s’est basé sur les principes d’un socialisme amélioré devant intégrer la participation des peuples autochtones du monde.

Pour un socialisme communautaire.

Selon M. Morales, le système capitaliste est responsable du réchauffement de la planète et “ne permet d'accumuler que des ordures”. Comme alternative, il a recommandé “un socialisme communautaire qui soit en harmonie avec notre Terre nourricière”.

Les autres mesures présentées incluent la renonciation aux guerres “car ce ne sont pas les peuples qui les gagnent mais les empires” et un monde débarrassé du colonialisme.

M. Morales s'est aussi prononcé pour les énergies “propres” mais a affirmé que promouvoir les biocarburants était “une erreur” car cela ne sert “qu'aux voitures de luxe et pas à la vie humaine” et cela fait grimper le prix de la nourriture.

Il a préconisé le respect de la planète, la garantie d'un accès pour tous aux services de base, notamment à l'eau, et “la fin du consumérisme, du gaspillage et du luxe”.

Notre mère la Terre n'est pas une marchandise. Ce n'est pas une chose qu'on achète ou qu'on vend”, a-t-il dit. Il a proposé une convention internationale “pour protéger les ressources en eau et empêcher leur privatisation par quelques-uns
”.

Devenu en décembre 2005 le premier président bolivien issu de la population autochtone, M. Morales s'est mis à dos les régions de basse altitude du pays, les plus riches, dont la population est à majorité d'origine européenne et métissée, en présentant un projet de réforme constitutionnelle visant à redistribuer la richesse du pays aux indigènes pauvres des zones montagneuses.

Le président bolivien a également estimé que le système de l'ONU, notamment le Conseil de sécurité, devrait être “démocratisé”.

Le climat au centre de cette session.

Dans un message adressé par vidéo à l’Instance, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a précisé que celle-ci est amenée à traduire la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones de 2007 en un document vivant, aux niveaux national et international. Il s’est félicité du thème choisi pour cette session, les changements climatiques, et de l’accent mis sur la région du Pacifique dans le souci de promouvoir une meilleure coopération entre les gouvernements, les peuples autochtones et la famille des Nations Unies.

Selon une coutume bien établie, la session s’est ouverte au son d’un instrument d’une population autochtone du Pacifique. Dans un moment de recueillement, une prière a ensuite été prononcée par le Chef de la Nation Onondaga, qui a remercié la “terre mère”. et le Créateur pour les différents éléments comme l’eau et le vent. Il a aussi émis l’espoir qu’aucun mot blessant ne serait prononcé au cours des réunions de cette Instance. Dans ce même esprit, le représentant australien a rappelé que, le 13 février dernier, le parlement de son pays avait présenté ses excuses aux milliers d’enfants aborigènes des îles du Détroit de Torres enlevés à leurs familles.

Cette session, la première qui se tient après l’adoption historique, en septembre dernier, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, coïncide aussi avec l’Année internationale des langues proclamée en 2008. L’Instance, créée en juillet 2001 après des décennies de négociations, est le principal forum visant à sensibiliser la communauté internationale sur la situation des quelque 370 millions d’autochtones qui figurent parmi les individus les plus pauvres et marginalisés à travers le monde.

En décidant de s’intéresser en particulier aux changements climatiques, l’Instance, qui est un organe subsidiaire du Conseil économique et social (ECOSOC), manifeste une fois de plus sa volonté d’agir de manière coordonnée au sein du système des Nations Unies, a remarqué Léo Mérorès, Président de ce Conseil. Plus de 3 300 participants se sont préinscrits à la session, a précisé de son côté Mme Victoria Tauli-Corpuz, réélue par acclamation à la Présidence de l’Instance.

Au cours de cette session, les représentants de peuples autochtones issus de toutes les régions du monde doivent discuter du rôle de gardien qu’ils peuvent jouer dans la lutte contre les changements climatiques qui affectent leur vie au quotidien, et des nouveaux défis à relever.

Ayant noté que les peuples autochtones appartiennent aux groupes à risques face aux changements climatiques, parce qu’ils vivent en relation étroite avec leurs terres, les intervenants ont appelé à prendre en considération cette catégorie de la population dans les mesures, les actions et les recherches entreprises. Il faut aussi que les peuples autochtones puissent participer aux efforts de lutte contre les changements climatiques, en tant que partenaires et piliers du développement durable, a déclaré le représentant de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Ces peuples sont des acteurs clefs, qui ont souvent en main la solution pour faire face aux changements climatiques et peuvent nous montrer la voie, a relevé pour sa part le représentant de l’Université des Nations Unies.

L’Instance a également élu son Bureau, par acclamation, qui est composé des quatre vice-présidents suivants: MM. Carlos Mamani Condori et Pavel Sulyandziga, et Mmes Tonya Gonnella Frichner et Liliane Muzangi Mbela. M. Michael Dodson assume quant à lui les fonctions de Rapporteur.

En adoptant son ordre du jour, l’Instance a décidé d’ajouter un point relatif à la mise en œuvre de son nouveau mandat qui découle de l’article 42 de la Déclaration. Cet article prévoit que “l’Organisation des Nations Unies, ses organes, en particulier l’Instance permanente sur les questions autochtones, les institutions spécialisées, notamment au niveau des pays, et les États favorisent le respect et la pleine application des dispositions de la (présente) Déclaration et veillent à en assurer l’efficacité”.

Pour plus d'informations.