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ActualitésMaroc : violente répression à Sidi IfniDepuis 10 jours, Sidi Ifni, petite ville côtière du Souss – sud Maroc - est le théâtre de violents affrontements entre la police et les habitants de cette cité touchée par de fortes tensions socio-économiques.
[17 Juin 2008]
Une semaines après les premiers affrontements, les milieux associatifs parlent d’une ville toujours en état de siège que personne ne peut quitter. “Nous sommes toujours en pleine montagne et un hélicoptère procède à d’incessants vols au-dessus de la région”, déclare à un journaliste un responsable de l’UNTM (Union Nationale des Travailleurs Marocains) et membre du célèbre secrétariat local de Sidi Ifni-Aït Baâmrane. ce dernier affirmant n’avoir eu d’autre solution que de prendre la fuite, à l’instar de centaines d’habitants de cette ville.
Des milliers d’hommes en armes venus pour réprimerSamedi 7 juin dernier, vers six heures, les forces de l’ordre, en grands renforts, investissent la ville dès leur arrivée de Tiznit et commencent par le quartier “Lalla Meryem” pour assaillir toutes les maisons. “Ils ont commencé par rafler les membres du secrétariat, et le docteur Mohamed El Ouahdani, responsable local du Centre marocain des droits de l’homme (CMDH), a été emmené avec ses trois frères et son père”, affirme une source locale qui confirme l’existence de vols commis par les éléments des forces de l’ordre et l’usage excessif de la matraque. Au même moment, une première dans l’histoire des émeutes urbaines au Maroc, un bateau débarque au port et ce sont des centaines d’éléments du CMI qui mettent pied à terre pour déloger les diplômés au chômage qui bloquaient l’activité du port depuis une semaine. Près de 160 personnes auraient été arrêtées et auraient été conduites, les yeux bandés, vers une destination inconnue. Après le port, c’est toute la ville qui s’embrase. Le lendemain à neuf heures, une marche pacifique, à laquelle prennent part des femmes essentiellement, est réprimée. Les choses dégénèrent et les forces de l’ordre, face aux jets de pierres, recourent aux balles caoutchoutées, au gaz lacrymogène et, comme toujours, aux matraques. Selon l’AMDH (Association Marocaine des Droits de l’Homme) les forces publiques ont usé de bombes lacrymogènes, de balles de caoutchouc, de pierre et de bâtons contre des manifestations pacifiques enfreignant ainsi le code des libertés publiques. En outre, les détenus ont été gravement torturés et ont souffert de vengeance qu’ils ont dû subir en dépit de la prohibition par les chartes internationales de la torture et de tous les actes humiliants et dégradants qui portent atteinte à l’intégrité physique et à la sécurité personnelle.?
Finalement la ville a été scindée en deux par les forces de l’ordre pour mieux gérer une situation explosive et un couvre feu a été instauré. Les forces d’intervention ont bloqué les lycées et empêché les bacheliers de passer l’examen du Baccalauréat en menaçant violemment les professeurs et les élèves qui tentaient d’y entrer. Les écoles ont été réquisitionnées pour loger les troupes, les enfants et leurs maîtres interdits de cours. Un bilan humain certainement très lourd Rien n’est sûr concernant le bilan humain des affrontements et sur la situation actuelle de Sidi Ifni. Selon le gouvernement marocain, le calme serait revenu dans la ville. Mais un responsable de la section locale du CMDH de Sidi Ifni parle toujours d’une ville “en état de siège”. Les forces de l’ordre continuent de chercher les manifestants qui se sont réfugiés dans les montagnes alentours. Témoignages à l’appui, il explique que “même si la situation s’est détendue par rapport aux derniers jours, les habitants ne peuvent sortir de chez eux que discrètement”. Alors que le gouvernement marocain a déclaré dimanche qu’il n’y avait pas eu “le moindre décès” dans ces affrontements, d’autres sources, à commencer par le CMDH, démentent et affirment qu’“il y aurait entre un et cinq morts”. Deux cadavres auraient été retrouvés dans les rues de la ville et de nombreuses personnes sont portées disparues, dont deux membres du CMDH et de l’AMDH. Une information confirmée par un représentant du CMDH: “Jusqu’ici, on n’a pas de certitudes mais des disparitions sont bien enregistrés”. Cependant, la position de la l’AMDH est plus prudente. La présidente de l’association, explique qu’elle ne peut infirmer ni confirmer ces informations ni même dire qu’un membre de son association est porté disparu. “Mais les disparitions sont avérées et il est probable qu’il y ait eu des morts vu la façon sauvage dont les manifestants ont été réprimés. Des membres de l’AMDH ont souhaité entrer à l’hôpital pour y voir plus clair sur la situation, mais ils ont été interdit d’accès”. Colère sur fond de chômage Tout a commencé le 30 mai dernier. Un tirage au sort organisé ce jour-là devait désigner huit personnes destinées à occuper des emplois vacants dans les services de nettoyage de la municipalité. Déçus de ne pas avoir été choisis, des centaines de chômeurs, qui en ont assez de la précarité et de la dégradation de leurs conditions de vie, ont décidé d’occuper le port de la ville, bloquant ainsi plus de 80 camions chargés de poisson. A l’étranger, les Marocains se mobilisent “Si les policiers voient un groupe de personnes se former, aussi petit soit-il, ils les embarquent tous”, indique Mohamed, un habitant de la ville. Alors c’est surtout la communauté marocaine vivant à l’étranger qui se mobilise pour les habitants de Sidi Ifni. Une grande manifestation de soutien à Las Palmas aux îles Canaries s’est déroulée dimanche 15 de même qu’en France où une manifestation de soutien s’est tenue sur le parvis du Trocadéro. Des membres de l’association Ifni Aït Baâmrane en France bloquent depuis dimanche le consulat du Maroc à Colombes. “Nous continuerons jusqu’à ce que tous nos frères marocains soient libérés et que l’état de siège prenne fin. On veut une enquête sur les violences policières”. Une manifestation de soutien est prévue mercredi au Trocadéro à Paris. Pour le moment, le gouvernement marocain reste sourd à ces revendications et n’entend pas fléchir.
- Le retrait en urgence des forces de l'ordre de la ville, - La libération immédiate et inconditionnelle des détenus, - La tenue d’une enquête indépendante et de poursuites contre les auteurs de ces exactions, notamment le Général Laânigri, le Gouverneur de la Province et le Ministre de l’Intérieur, en tant que premier responsable de l’action des forces publiques vis-à-vis des citoyens, - La satisfaction des revendications légitimes présentées par les habitants de Sidi Ifni depuis 2005 tenant au respect de leurs droits économiques, sociaux et culturels, - La tenue rapide des examens de baccalauréat dont ont été privés les lycéens de Sidi Ifni. Pour plus d'informations |
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