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Paris : succès du colloque international sur la biopiraterie

Experts, personnalités politiques et représentants d'ONG ont dénoncé lundi à Paris la “biopiraterie”, véritable pillage industriel des ressources naturelles et des savoirs des pays du sud, une injustice économique et morale et une menace pour la diversité du vivant.
C'est une malédiction, un vol collectif , a déclaré l'Equatorienne Patricia Gualinga, membre du peuple kichwa de Sarayaku, coordinatrice l“Alianza de los pueblos”, à l'occasion de ces “Premières rencontres internationales sur la biopiraterie” organisées par le Collectif contre la biopiraterie (France Liberté, Paroles de Nature, ICRA, Sherpa) à l'Assemblée nationale, qui a réuni près de 200 personnes.
[16 Juin 2009]
Mon père est chamane, il connait beaucoup de plantes et il a lutté pendant vingt ans contre l'intimidation ” des industriels, a-t-elle souligné. “Les peuples indigènes n'ont plus confiance et veulent se défendre car le modèle occidental a prouvé qu'il n'était pas correct” , a-t-elle encore asséné.

Les industries du “naturel ” (laboratoires pharmaceutiques, cosmétiques, spécialistes du bio) puisent largement dans la riche biodiversité des pays du sud. Pour trouver l'ingrédient nouveau, les entreprises “pillent sans contrepartie ” les connaissances ancestrales des peuples autochtones en brevetant les ressources biologiques ayant une valeur commerciale, souligne le Collectif Biopiraterie organisateur du colloque.

Ils disent qu'ils ne font que breveter un processus de laboratoire mais c'est un artifice monstrueux pour mettre la main sur le vivant ”, s'est indignée Marie-Christine Blandin, sénatrice française écologiste.

C'est un droit des peuples de ne pas se laisser piller par des organisations qui ont d'autres intérêts que le bien-être général ”, a renchéri Danielle Mitterrand, présidente de la fondation France libertés.

Des victoires peuvent être remportées contre cette “épidémie de brevets ”, a rappelé l'altermondialiste indienne Vandana Shiva, évoquant le cas emblématique du Neem ou margousier indien (Azadirachta indica) .
Au début des années 90, les propriétés de cet arbre, utilisées en Inde depuis plus de 2.000 ans en agriculture, médecine et cosmétique, ont fait l'objet d'une série de brevets déposés notamment par le géant de l'agrochimie W.R. Grace. Le combat a duré dix ans et s'est terminé par une victoire auprès de l'office européen des brevets qui a reconnu l'antériorité des savoirs traditionnels indiens sur le Neem, a rappelé Vandana Shiva.

Autre exemple, celui du Sacha Inchi (Plukenetia volubilis), une liane qui produit des amandes très concentrées en acides gras, cultivée traditionnellement par les peuples d'Amazonie depuis plus de 3.000 ans.
Deux entreprises françaises ont déposé des demandes de brevets auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi) afin d'élaborer des crèmes à usage cosmétique avec l'huile de Sacha Inchi mais le Pérou conteste, a indiqué Mathieu Mellul, du collectif Biopiraterie .

La Commission nationale péruvienne de lutte contre la biopiraterie planche actuellement sur 18 cas ”, a précisé l'ingénieur agronome péruvien Andres Valladolid Cavero.

Des garde-fous sont cependant à l'étude”, selon Cyrille Costes, avocat spécialisé dans la propriété intellectuelle.
L'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) réfléchissent aux moyens d'accueillir ces savoirs traditionnels dans le droit international et de les intégrer dans la propriété intellectuelle” , a-t-il précisé.

En France, le groupe des Verts va déposer un projet de loi pour réprimer les agissements de biopiraterie des entreprises, a indiqué le sénateur Jacques Muller.
Afp
crédit photo : Alexandre Mellul

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