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Birmanie : L’éradication progressive de la culture shan

A l’occasion d’une conférence de presse tenue à Chiang Mai en Thaïlande pour le lancement de son nouveau rapport “Forbidden Glimpses of Shan State: A Brief Alternative Guide”, le Réseau d’Action des Femmes Shan (Shan Women’s Action Network ou SWAN) a dénoncé les attaques du régime birman à l’encontre la culture shan.
Selon le rapport du groupement le gouvernement militaire remplace progressivement la culture ethnique shan par sa “propre culture birmane homogénéisée et artificiellement imposée”.
[11 Mars 2010]
Le rapport dénonce les mises en danger par le régime militaire des derniers vestiges des 34 anciennes principautés Shan. En édifiant au travers de l’Etat Shan de nouveaux monuments à l’honneur des anciens rois guerriers birmans et des répliques de la fameuse pagode Shwedagon de Rangoon, la junte est simplement en train d’éliminer progressivement la culture traditionnelle Shan au nom du tourisme et de la religion. La junte construit de nombreuses nouvelles pagodes et temples en ignorant totalement l’architecture et la culture traditionnelle shan. “ La façon dont ces structures ont été construites ou rénovées n’est pas une tentative de expansion du Bouddhisme par le régime, mais plutôt la volonté de faire étalage du pouvoir, de l’assimilation culturelle et de la superstition,” déclare un membre du réseau.

Depuis le coup d’état de 1960, quatre palaces d’anciens souverains Shan ont été détruits par les militaires. En témoigne le cas du Palace de Kengtung à l’Est de l’Etat Shan : les autorités lui ont d’abord mis la main dessus pour le transformer en bureau administratif, puis en 1991, l’ont démoli et remplacé par un hôtel. De même, les autorités ont transformé le Palace Yawnghwe en musée du Bouddhisme. Ces endroits “ pourraient être bientôt perdus à tout jamais en raison des plans de développement du régime, financés par les investisseurs thaïlandais et chinois […] ; les gazoducs et oléoducs, qui s’étendront de l’Etat d’Arakan à l’ouest de la Birmanie à la province chinoise du Yunnan, traverseront l’Etat Shan. La junte est en train de détruire subtilement notre héritage culturel que représentent les pagodes historiques et les palaces, en construisant des barrages et des pipelines,” constate Ying Harn Fah, porte-parole de SWAN.

Le rapport déplore par la même occasion les ravages constatés sur “ les forêts, collines et rivières de l’Etat shan” occasionnés par une exploitation débridée et sans-mesure des ressources naturelles par le régime et ses complices. La langue shan même est mise en danger par le gouvernement qui interdit son apprentissage dans les zones contrôlées ; au moins 10 personnes ont été arrêtées en 2008 pour s’être impliquées dans des cours privés.

Qui plus est, les conflits armés entre groupes ethniques et gouvernement pour l’autonomie qui rongent la région depuis plus d’un demi-siècle et la présence des plus grosses exploitations de drogue du pays, font de la région une zone extrêmement militarisée. Selon le rapport, près de 150 bataillons armés, postés dans l’Etat Shan, exproprient régulièrement les villageois de leurs fermes, leur extorquent de l’argent et les exploitent comme main d’œuvre gratuite.

Créé en 1999, le Réseau d’Action des Femmes Shan était déjà connu pour son rapport “License to Rape” publié en 2002, qui dénonçait l’utilisation par le régime de la violence sexuelle dans les conflits en cours dans l’Etat Shan.
Info Birmanie
Pour plus d’informations : Shan Women Action Network
www.shanwomen.org/