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Les peuples autochtones - Que veulent-ils ?

L'histoire des peuples indigènes est d'abord celle d'une domination et d'une exploitation, considérablement amplifiées ces dernières décennies par les divers mouvements de colonisation et processus de mondialisation. Des peuples autochtones ont ainsi été anéantis, refoulés, assujettis durant les périodes coloniales, oubliés et surtout réprimés à l'époque des indépendances.

De nos jours, ils sont assimilés, étouffés ou folklorisés par la mondialisation marchande. Au cours des différentes époques de l'histoire, ils ont été soit ignorés (surtout lorsqu'ils vivaient aux marges du monde, sur des territoires peu accessibles), soit exploités.

Aujourd'hui, les peuples indigènes sont affectés par l'exploitation des ressources naturelles de leurs territoires (déforestation, exploitations minière et pétrolière, construction de barrages), l'expropriation, la migration de populations excédentaires, la militarisation, les désastres écologiques, le développement du tourisme de masse et les prosélythismes religieux (essentiellement des différentes obédiences chrétiennes mais aussi islamiques sur certains continents et en des temps plus anciens)

Tous ces éléments constituent les manifestations d'un néo-colonialisme mis en place par le monde développé et par les pouvoirs de nombreux pays du sud dépendant de la volonté de puissance des firmes transnationales et des injonctions unilatérales des institutions internationales (FMI, BM, OMC).

C'est dans ce cadre que l'on a vu apparaître, au cours de ces deux dernières décennies, divers mouvements indigènes. Ceux-ci appellent parfois à la révolte et tout au moins au réveil des consciences indigènes de part le monde. Ce fut par exemple le cas en Equateur ou au Chiapas mexicain.

En effet, les peuples indigènes ne sont pas des victimes passives et ne l'ont jamais été d'ailleurs. Ils ont autrefois résisté au colonialisme par la négociation, l'opposition politique ou la lutte armée. Il leur est arrivé parfois de triompher, quelques fois d'obtenir des garanties partielles concernant leurs territoires, même s'ils ont bien souvent été submergés par la supériorité du nombre et la technologie militaire.

Le mouvement actuel fait partie de ce processus ininterrompu de lutte pour leur survie. Aujourd'hui, les mouvements s'accordent pour la plupart dans l'esquisse de leurs aspirations : autonomie sans séparation, intégration sans assimilation. Face à la poussée uniformisatrice de la mondialisation et au paternalisme assimilateur de la plupart des Etats-nations, les indigènes aspirent à être reconnus égaux et différents, citoyens nationaux et indigènes dans des démocraties plurielles qui sachent faire l'unité dans la diversité.

Les indigènes revendiquent en premier lieu un territoire garanti, c'est-à-dire le contrôle de leurs terres et de leurs ressources. En effet, c'est d'abord par rapport à la terre que les peuples indigènes se distinguent des autres sociétés. La terre renferme leur histoire, leur identité, assure leurs autosuffisances alimentaire et matérielle. Elle a un caractère sacré et inaliénable. La survie des peuples indigènes est entièrement liée au maintien et au contrôle de leurs bases territoriales.

Les indigènes demandent également le respect de leur culture et de leur langue. Ils souhaitent organiser leurs propres écoles où leurs enfants pourront apprendre leur langue maternelle.

Ils revendiquent le droit de préserver leurs sites et leurs objets sacrés, leurs patrimoines artistique et archéologique. En effet, des tombes sont encore violées, des restes humains exhibés et des sites religieux exploités par l'industrie du tourisme.

Par ailleurs, ils réclament le droit de participer pleinement à la vie des Etats-nations dans le respect des spécificités de chacun. L'autorité des anciens, les conseils de sages, les coutumes et les lois autochtones ont souvent été circonscrites par la colonisation et les Etats aujourd'hui indépendants.

Ces éléments centraux dans l'organisation de la vie des communautés autochtones doivent à présent recouvrer leur légitimité et être reconnus légalement par les Etats.

Enfin, devant la menace environnementale dont fait l'objet leur territoire (surexploitations minière, forestière et pétrolière, pollution, etc.), les indigènes demandent que les habitants originels et l'environnement dont ils sont les dépositaires soient protégés par des lois internationales. Ils souhaitent qu'aucun nouveau chantier d'exploitation ou d'exploration ne soit entrepris sans leur accord.

Mais bien des menaces pèsent sur les mouvements indigènes dont les revendications et les visées restent quelque peu utopiques. D'un côté, ces mouvements peuvent (légitimement certes) se durcir, tant sur le plan politique (volonté de séparatisme) que sur le plan culturel et spirituel (rejet de l'autre, fondamentalisme religieux).

Ils doivent en effet faire face à la répression militaire, aux tentatives d'extermination et aux divisions internes que ne manqueront pas d'organiser les puissants. D'un autre côté, les communautés indigènes risquent de se dissoudre dans cette culture mondiale uniformisée. Ils sont en effet confrontés à l'emprise de la culture dominante véhiculée par le mouvement de mondialisation. Le fétichisme marchand et les rêves nés des reflets du monde développé sont de puissants facteurs d'anomie et ne vont en aucun cas dans le sens d'un maintien d'identités collective et individuelle diversifiées.

On peut espérer que les Etats souverains répondront aux aspirations légitimes des peuples indigènes dans le cadre d'Etats multiculturels respectant les spécificités de chacune de leurs composantes. La solution juridique et politique, amorcée dans certains pays, passe par la reconnaissance des spécificités identitaires et par l'octroi de statuts égalitaires aux différentes composantes de la population.

" Nous définissons nos droits en terme d'autodétermination. Nous ne cherchons pas à démembrer vos Etats et vous le savez. Toutefois, nous insistons sur le droit de contrôler notre territoire, nos ressources, l'organisation de nos sociétés et nos propres institutions décisionnaires ainsi que la préservation de nos cultures et de nos modes de vie. " Geoff Clarke, National Coalition of Aboriginal, 1988