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Actions urgentes

Bolivie : communautés amazoniennes menacées par un projet de barrages au Brésil

Des projets de barrages sur le fleuve Madera au Brésil menace gravement le mode de vie de plusieurs communautés autochtones en Bolivie et au Brésil.
ICRA vient d’écrire au président bolivien Evo Morales pour lui demander de faire pression sur les autorités brésiliennes.
Fin 2006, l’institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles et renouvelables (IBAMA) a donné son approbation à l’étude d’impact environnemental concernant la construction dans ce pays de deux barrages sur le fleuve Madera, le plus grand affluent de l’Amazone.

Des scientifiques boliviens et brésiliens avaient manifesté des inquiétudes à ce sujet car, d’après les données de l’étude en question, les barrages feraient diminuer la vitesse de l’eau provoquant des changements et une détérioration de sa qualité, et auraient des effets sur les fleuves plus petits qui se déversent dans le Madera. Or, cet aspect n’a pas été pris en compte dans l’évaluation effectuée. La zone inondée s’étendrait jusqu’en Bolivie et, avec le temps, le lit du fleuve monterait de niveau, aggravant encore le problème des inondations.

D’autre part, les changements prévus affecteraient les conditions de vie des habitants de l’Amazonie bolivienne, qui tirent la plupart de leur nourriture et de leurs moyens de subsistance des fleuves et de la forêt. Des représentants d’organisations et d’institutions de la région Nord de l’Amazonie signalent que “ces changements proches vont affoler les poissons, ils leur apporteront des maladies et la mort, et la même chose arrivera aux oiseaux et à d’autres animaux des fleuves et de la forêt ; en outre, la cueillette de noix et d’espèces ligneuses en sera gravement affectée”.

Du côté bolivien, la forêt tropicale est encore en bon état de conservation. En plus de l’agriculture, de la chasse et de la pêche, la population vit d’activités d’extraction, comme la cueillette de “noix du Brésil” (Bertholletia excelsa), dont la Bolivie est le plus grand exportateur du monde. La production de ces noix exige que la forêt reste inchangée. En revanche, du côté brésilien l’environnement a été fortement endommagé ; la forêt a été remplacée par des pâturages et les populations ont été déplacées, parfois de force, vers les favelas des grandes villes du pays. Pour eux, le développement les a tout droit conduit à la misère; pour les indigènes de la région, il a souvent été synonyme d’extermination.

Les habitants de la zone rurale de la région amazonienne cultivent les terres humides qui restent au bord des fleuves après la saison des pluies. Les barrages proposés inonderaient ces zones en permanence, éliminant ainsi l’agriculture en tant qu’activité de base de nombreuses communautés. D’autre part, cette inondation permanente provoquerait la contamination de l’eau consommée par la population, ce qui aggraverait les problèmes de malaria, dengue, leishmaniase (une maladie de la peau d’origine parasitaire), diarrhée infantile et d’autres maladies encore, comme cela arrive souvent après la construction de barrages.

La construction de barrages hydroélectriques s’accompagne en général de la promesse d’énergie à bas prix mais, comme dans bien d’autres cas, les coûts astronomiques des barrages et des installations risquent de remplacer le mythe de l’énergie bon marché des fleuves par la triste réalité de l’aggravation de l’endettement extérieur des pays concernés.

Face à la grave menace que cela représente pour la région amazonienne et ses populations, les représentants d’organisations et d’institutions du Nord de l’Amazonie (conseillers municipaux, universitaires, représentants des communautés, d’associations de pêcheurs, d’organisations indigènes, comme Foro Regional Norte Amazónico, Fobomade, etc.), se sont réunis dans la ville de Riberalta, en Bolivie afin d’interpeller les autorités boliviennes.

ICRA a décidé d’envoyer un courrier au président bolivien Evo Morales pour lui demander de tout faire pour négocier avec le Brésil voisin l’arrêt de ces projets de Barrages.
Nous avons également profité de ce courrier pour lui faire part de notre inquiétude face au danger des sectes évangélistes, notamment quant à leur influence destructrice sur des communautés autochtones fragiles
.

Extraits de la lettre envoyée par ICRA au Président Morales :
(…)Notre association, présente aujourd’hui dans une soixantaine de pays à travers ses réseaux de correspondants autochtones et de sections nationale et régionale, soutien votre action remarquable pour la renaissance d’une nouvelle Bolivie, respectueuse des droits des populations autochtones. (…)

Nous vous demandons, en soutien aux communautés amérindiennes d’Amazonie bolivienne, de négocier l’arrêt définitif des projets de barrages sur le fleuve Madera qui viennent de recevoir l’agrément de l’institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles IBAMA. Les impacts de ces barrages auront des conséquences graves pour les populations boliviennes des régions frontalières, des territoires situés en Bolivie devant être inondés du fait de ces barrages avec tous les impacts négatifs sur les populations locales que cela entraînera.

Nous sommes convaincus que vous n’hésiterez pas à intervenir auprès du gouvernement du Brésil et d’organismes internationaux comme les Nations unies pour préserver les territoires, les fleuves, la flore et la faune et donc les modes de vie des populations qui seront touchées si ces projets de barrages venaient à leur terme.

Par ailleurs, nous venons vous faire part de notre préoccupation quant à l’influence destructrice des missions et sectes évangéliques américaines sur de petits groupes autochtones particulièrement vulnérables de la région amazonienne. Nous pensons qu’à l’image de la courageuse initiative du président Chavez au Venezuela il devient urgent de mettre un terme à l’action de ces groupements religieux dont l’action évangélisatrice cache souvent des activité politiques et économiques destabilisatrices et particulièrement nuisibles pour les communautés autochtones qu’elles approchent.

Une commission d’enquête permettant de déterminer les plus dangereux de ces groupes et associations évangéliques nous semble urgente à mettre en place et devrait être suivie par l’expulsion des groupements dont les activités entraînent la destructuration culturelle et spirituelle des populations sur lesquelles ces groupements évangéliques agissent.

Nous ne manquerons pas de soutenir toute action que votre gouvernement pourrait mettre en place sur ces deux questions qui touchent aux peuples de la région amazonienne.
(…)

Suivi de campagne

Début novembre 2007, La Chambre des Députés bolivienne vient de s'opposer à la construction de deux barrages hydroélectriques sur le Rio Madera à la frontière avec la Bolivie, en raison des risques de pollution de l'environnement et de l'immersion d'une partie de la région amazonienne du pays. De plus, elle demande au pouvoir exécutif d'éviter par tous les moyens le lancement par le Brésil de ce projet.

Les projets San Antonio, situé à 190 km de la frontière avec le département du Pando et à 84 km de Pando, font partie du programme d'accélération de la croissance, pour lequel le Brésil investira d'ici 2010, quelques 250.000 millions de dollards dans la construction de différentes infrastructures énergétiques, dont les 2 barrages.

La décision des législateurs boliviens fut prise à l'unanimité lors de la 88ème session de la Chambre des Députés.

La députée de Podemos Sandra Yanez a demandé que soit réalisé, avant la création des barrages du Brésil, un appel d'offre international pour éviter les problèmes ultérieurs avec le Gouvernement bolivien.

Commission du Rio Madera.

Le parlement bolivien demande aussi au Gouvernement la création d'une commission nationale du Rio Madera avec la participation des gouvernements départementaux impliqués, spécialement Pando et Beni, de l'Entreprise Nationale d'Electricité, du Ministère des Hydrocarbures et de l'Energie. Son but sera de prendre connaissance de toute la documentation disponible pour mener les actions futures sur ce thème.

Elle suggère aussi de réaliser le plus rapidement possible une représentation devant le gouvernement du Brésil et devant les instances internationales compétentes pour obtenir la suspension du processus d'adjudication du projet de San Antonio qui, une fois adjugé par le Brésil, sera beaucoup plus difficile à négocier.

Elle demande également de promouvoir l'organisation d'un forum international pour analyser les impacts environnementaux et sociaux des projets hydrauliques mentionnés.

La construction des barrages provoquerait des inondations dans le département du Pando, portant préjudices aux populations et à l'environnement. De plus elle entraînera la migration des populations de la zone. On calcule que les travaux projetés par le Brésil provoqueront une immersion de 530 km² de terre en pleine Amazonie.

source : ABI (agence bolivienne d'information)