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Actions urgentes

Guyane : Un parc contre les Amérindiens

Le Décret n° 2007- 266 du 27 février 2007 publié au JO officialise la création d’un parc national en Guyane dénommé “Parc amazonien de Guyane”.
En officialisant cette création, l’état français ne respecte pas les volontés de la grande majorité des communautés amérindiennes et fragilise encore davantage leur survie en tant que peuple distinct.
Contexte

La création du parc national de Guyane est en discussion depuis plus d’une décennie. ICRA et de nombreuses communautés amérindiennes, qui militaient pour un parc au nord de la Guyane (là où la biodiversité est la plus importante) et surtout pour la création d’un territoire autonome amérindien au sud, n’ont pas été entendues.

Dans ce projet, le parc, situé au sud de la Guyane, est constitué de zones coeur (où l’activité minière est interdite) et de zones de droit d’usage (comprises dans les espaces de libre adhésion du Parc) où la pratique minière, notamment l'orpaillage, sera autorisée avec tous les dangers que représente cette activité (déjà fortement développée) pour les hommes et leur environnement.

Les analyses mercure effectuées par certains organismes comme l’association Solidarité-Guyane mettent en évidence l’accroissement du niveau d’empoisonnement des populations amérindiennes de Guyane de génération en génération, confirmant les craintes des plus éminents spécialistes mondiaux du mercure qui ont très souvent alerté sur l’évolution locale vers le syndrome de Minamata qui sera atteint dans 2 ou 3 générations au rythme actuel. Ainsi, rendre l’orpaillage légal dans ces zones où vivent de nombreuses communautés autochtones s’apparente donc à un “génocide” des peuples premiers résidents dans ces espaces.

Pour les territoires Amérindiens en zone coeur

Un certain nombre de chefs coutumiers de villages amérindiens concernés sont favorables au parc mais refusent toute activité d’orpaillage. Ils n’ont été que partiellement entendus par la mission Parc : Ainsi, dans la commune de Camopi, où les amérindiens ont autorité, une grande partie des terres seraient incluses dans le coeur de Parc afin d’être protégée de l’orpaillage, alors que sur la commune de Maripasoula, moins de la moitié des terres serait en zone coeur.

Les populations amérindiennes Wayana et Teko de cette commune redoutent à juste titre un développement accéléré des pratiques minières sur leurs terres.

Par ailleurs, la création du parc rendrait de fait caduc l’arrêté préfectoral de 1970 qui protége le pays indien en interdisant à toute personne de pénétrer sur le territoire amérindien sans autorisation préalable.
Les amérindiens du sud verraient ainsi leur acculturation et leur destructuration sociale s’accélérer avec l’arrivée de nombreux touristes en mal d’exotisme. Une deuxième colonisation de leur espace traditionnel se prépare avec la réduction de leurs prérogatives sur leurs zones de vie, lesquelles sont indispensables à la satisfaction de leurs besoins alimentaires.

De nombreuses communautés concernées par le parc, comme les Wayana et les Teko des villages du Haut-Maroni et du Tampoc, ont demandé une modification du zonage du futur parc afin de protéger leurs villages de l’activité aurifère qui détruit leur espace de vie. Ainsi, le collectif de défense Tëpëtomak Tamo des Wayana et Emérillons de Guyane a demandé cet automne, notamment au commissaire enquêteur, le rattachement de leur territoire à la zone coeur du parc. Extrait de leur lettre au commissaire :

Cette lettre exprime la volonté de la très large majorité de nos familles à mettre notre zone de subsistance traditionnelle sous la protection du coeur du futur Parc national amazonien de Guyane.

Cet espace de subsistance comprend, dès l'amont de la ville de Maripasoula, les bassins versants des rivières Tampok, Waki, Alitani et Maroni. Toute cette zone et sa forêt amazonienne, abritant et nourrissant nos peuples, doit être protégée des nuisances causées notamment par l'orpaillage et par toute activité dégradant son biotope fragile afin que nous puissions continuer à y vivre selon nos traditions.

A cette fin, les dispositions constitutives du coeur du futur Parc amazonien de Guyane, garantissent nos droits d'usage traditionnel de la forêt et sa protection totale de toute ingérence destructrice.(…)

Nous demandons que nos territoires soient placés en zone coeur du parc afin qu'il nous soit assuré d'une perspective d'avenir à vivre, amérindiens, dans la forêt de Guyane. Une vie sans orpaillage et sans violence
.

L’état veut passer en force

Fin décembre 2006, le gouvernement annonce qu’il ne va pas donner suite aux demandes de modifications des limites du futur parc national, pas plus qu’il ne prendra en compte les recommandations des commissaires enquêteurs dans leur rapport sur le parc. Le décret de création qu'il prépare ne répondra ni aux demandes des opérateurs miniers, ni à celles des Amérindiens.

ICRA écrit au président de la République

ICRA, qui milite pour que l’ensemble des territoires amérindiens soit rattaché à la zone coeur du parc et pour le maintien de l’arrêté préfectoral de 1970 afin de protéger le pays indien d’un développement rapide d’un ethnotourisme bien souvent non maîtrisé et acculturant, soutient l’initiative du collectif de défense Tëpëtomak Tamo et vient d’écrire au Président de la République afin de lui demander de tenir compte des demandes légitimes des Amérindiens de Guyane.

La création d’un territoire autonome amérindien au sud de la Guyane, sur le modèle du Nunavut créé il y a quelques années dans le grand nord canadien, est désormais bien compromise. Il nous reste à tout faire pour éviter que le pays indien soit envahi par les orpailleurs et les groupes de pseudo ethnotouristes en mal d’exotisme.

Voir la réponse du préfet de Guyane à notre lettre dans Détails et suivi de la campagne

Détails et suivi de la campagne

La campagne médiatique

ICRA, LDH de Cayenne, même combat!

La section LDH (Ligue des Droits de l'Homme) de Cayenne soutient la position des Amérindiens Teko et Wayana de Guyane. Elle a adressé un courrier au Président de la République le 31 décembre 2006. La LDH a déjà soutenu la pétition signée par plus de 1000 personnes au sujet de la limite du futur parc national demandant que les villages amérindiens soient situés dans la zone coeur du parc pour être protégé de tout orpaillage. La LDH constate encore une fois le mépris avec le quel sont traités ces populations du haut Maroni auxquels les droits fondamentaux au développement, aux communications, à la santé et à l’éducation sont très loin d’être garantis.

Guyane : création officielle du Parc amazonien de Guyane

Le Décret n° 2007- 266 du 27 février 2007 publié ce jour au JO officialise la création d’un parc national en Guyane dénommé “Parc amazonien de Guyane”.
En officialisant cette création, l’état français ne respecte pas les volontés de la grande majorité des communautés amérindiennes et fragilise encore davantage leur survie en tant que peuple distinct.

Lancé au sommet de la terre de Rio, le projet de Parc amazonien de Guyane, rejeté en 1998 par les élus guyanais avant d’être relancé en 2003, est aujourd’hui une réalité. Les campagnes de nombreuses associations de défense des droits des peuples autochtones et de l’environnement n’auront donc pas suffi pour faire entendre la voix des autochtones.

La position d’ICRA, soutenue pas des scientifiques de renom comme Francis Hallé et diverses communautés amérindiennes, d’un parc naturel au nord (là où se trouve la biodiversité à protéger) et d’un territoire autochtone autonome au sud (avec la reconnaissance des droits de propriété foncière collective), n’a donc pas été retenue puisque le parc créé se situe au sud et ne reconnaît pas la propriété foncière collective des Amérindiens.

Ce parc amazonien qui couvre une superficie de 3,39 millions d’hectares - un tiers de la Guyane - est constitué de zones cœur - 2 millions d’hectares - (où l’activité minière est interdite) et de zones de libre adhésion - le reste du parc - où la pratique minière, notamment l'orpaillage, est autorisée avec tous les dangers que représente cette activité (déjà fortement développée) pour les hommes et leur environnement (voir notre texte “un parc contre les Amérindiens”).

Au cours des dernières réunions avec les commissaires enquêteurs, les représentant des communautés amérindiennes notamment Wayana et Emerillon avaient demandé que l’ensemble des territoires amérindiens soit rattaché à la zone coeur du parc afin de protéger leurs villages de l’activité aurifère qui détruit leur espace de vie.

Fin décembre 2006, le gouvernement avait annoncé qu’il n’allait pas donner suite aux demandes de modification des limites du futur parc national.
ICRA avait alors lancé une campagne de lettre au président de la république afin que soit prise en compte ces ultimes revendications amérindiennes.
Malheureusement, même ces demandes à minima ont été rejetées, ce qui laisse augurer un sombre avenir pour les Amérindiens de Guyane.

Menaces à moyen terme

La création du parc risque de produire de nombreux changements au sein des communautés, qui n’y sont guère préparées. Pour les verts de Guyane, l’installation des opérateurs de tourisme, les intrusions dans les villages et surtout la création future - en toute logique - d’un réseau routier et les mutations qu’il facilitera auront des conséquences imprévisibles. Quelques individus tireront sans doute leur épingle du jeu. Mais il est évident que les sociétés du sud dans leur ensemble, du fait des précarités et des retards accumulés, ne pourront affronter les multiples situations de concurrence qui se présenteront.
Par ailleurs, les Amérindiens redoutent à juste titre un développement accéléré des activités minières dans les zones de libre adhésion.
Les amérindiens ne traverseront pas ces mutations sans dommages qui peuvent conduire rapidement à la paupérisation des communautés et à terme, à la dissolution de ces dernières.

Précarité foncière

Les autorités, depuis toujours, éludent la question de la propriété foncière collective, qui est pourtant à la base de l’organisation sociale des sociétés traditionnelles. Il est possible que les intéressés n’émettent pas de demande. Mais il est un fait que dans leur grande majorité, les amérindiens du sud se croient propriétaires, et que dans leur conception de la relation à la terre, l’intérêt des formalités (l’obtention d’un titre foncier) leur échappe. Cependant l’absence de titre de propriété interdit toute action en justice civile contre les intrusions, sur les espaces ouverts des villages ou des zones de droits d’usage. C’est cette précarité foncière enfin qui fera des Wayanas, des Emerillons et des Wayampis, à terme, des peuples sans territoire.

Qui dit parc dit abrogation de l’arrêté de 1970

Les villages du sud de la Guyane sont actuellement protégés par cet arrêté qui interdit à toute personne de pénétrer sur le territoire amérindien sans autorisation préalable. Les villages étant situés en zone non protégée du Parc, l’abrogation du décret conduira immanquablement à des intrusions indésirables au sein des communautés… et le principal problème réside dans le fait que les Communautés ne disposent d’aucun moyen de défense contre ces intrusions : le statut des terres des villages (zones de droits d’usage), en l’absence de titres de propriété, ne leur donne aucun moyen d’intenter aucune action civile contre les intrusions ou les occupations sauvages. Ainsi, la réglementation du projet de Parc consiste dans les faits à étendre aux résidents les droits d’usage (chasse, pêche, cueillette, culture d’abattis) qui étaient auparavant réservés aux seules Communautés d’habitants.

Le combat continue

ICRA vient de rejoindre le collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni (Amday, Les verts-Guyane, Oka Mag, la FOAG, Attac Guyane, Solidarité Guyane, etc.) et compte bien continuer à faire pression sur les autorités françaises afin de faire entendre la voix des Amérindiens de Guyane qui demandent notamment :
• le rattachement de tous les territoires amérindiens à la zone cœur du parc,
• l’interdiction de l’orpaillage sur l’ensemble du parc,
• le maintien de l’arrêté de 1970,
• la reconnaissance de la propriété foncière collective des communautés amérindiennes.

Vous pouvez vous aussi rejoindre ce Collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni en répondant à leur appel à signature sur le site blada.com

11 mars 2007 : Manifestation de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni à Cayenne

Le Collectif de soutien aux amérindiens du Haut Maroni (soutenu par de nombreuses associations dont ICRA) avait appelé à manifester ce dimanche 11 mars lors de la venue du ministre de l'environnement N. Olin à Cayenne afin de lui demander de prendre en compte les aspirations des Amérindiens de Guyane concernant le Parc.

Ce 11 mars restera une date historique pour le peuple Wayana.
Grand Man Amaïpoti Touanke, Chef Coutumier Aïwe Alouike, Chef Coutumier Taluhwen Opoya, Sabine Touanke et Kuhmale Pleïke sont arrivés samedi du pays Wayana via Maripasoula.

Un rassemblement de plus d'une centaine de personnes a eu lieu devant la Préfecture dimanche après midi, dont des Chefs Coutumiers Amérindiens de Guyane et des Amérindiens du littoral.

Les Wayanas ont rappelé aux médias leurs revendications par rapport au Parc Amazonien de Guyane au moment où Mme Nelly Olin, Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, atterrissait en Guyane pour une visite ministérielle afin de mettre en place le Conseil d'administration de ce fameux Parc Amazonien de Guyane.

A cette occasion, le Collectif de soutien aux Amérindiens de Guyane a rappelé sa détermination à aider les Wayanas à être entendus.
Les Wayanas et le Collectif ont demandé à être reçus personnellement par la Ministre.

En apprenant que celle-ci s'était rendue dès sa descente d'avion à la résidence du Préfet de Guyane, c'est dans un mouvement spontané que l'ensemble des participants s'est rendu route de Montabo à Cayenne, à l'entrée de la route de Bourda qui mène à la résidence du Préfet.

Les forces de l'ordre avaient bloqué l'accès de la route de Bourda: c'est ainsi que les manifestants ont effectué pour protester un blocage de la route de Montabo durant plusieurs minutes.
L'occasion de montrer à l'Etat Français et à ses représentants que les Wayanas étaient déterminés, avec le soutien du Collectif, à faire aboutir leurs revendications.
Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des suites de cette action spectaculaire et déterminée.
Le Collectif

sur la photo : Jean Paul Fereira (Awala Yalimapo), Brigitte Wyngaarde (Balaté à Saint Laurent du Maroni), et les Chefs Coutumiers Wayanas au milieu des manifestants.

Manifestation...suite

Malgré une demande officielle d'audience avec la ministre de l'écologie et du développement durable formulée deux jours à l'avance auprès de la préfecture, le collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni, pourtant enrichi de la présence de l'autorité suprême des Wayana Gran Man Aïmaïpoti Touenké en personne, ne fut reçu que par un simple attaché parlementaire, accompagné du directeur de cabinet du préfet et ceci avec une heure trente de retard sur l'horaire prévu. La seule excuse de la Préfecture étant qu'ils n'ont reçu le mail qu'aujourd'hui … à quoi bon les nouveaux moyens technologiques !

La délégation, composée du Grand Man et de deux chefs coutumiers wayana, de Brigitte Wingaarde et de Jean-Paul Ferreira, Maire de la commune d'Awala-Yalimapo et conseiller régional, de Philippe Aquila, Alexis Tiouka et Kumale Pleike, était venue réaffirmer la position officielle du Peuple Wayana. Elle a dû supporter une fois encore un discours jacobin, centralisateur, stéréotypé, formaté, promettant monts et merveilles à coup de millions d'€uro sans prendre en compte la dimension humaine et la notion de peuple autochtone.

La ministre a fait savoir qu'elle prévoyait une rencontre avec les chefs coutumiers wayana à Elahe mardi … Pourquoi donc alors que ceux-ci étaient présents à Cayenne jusqu'à lundi, justement pour la rencontrer !

L'état continue à mépriser et à bafouer nos revendications les plus élémentaires. De notre côté nous continuerons donc à revendiquer nos droits : création d'une commune wayana, maintien de l'arrêté préfectoral de 1970, révision du zonage du parc amazonien, et rétrocession du foncier aux Amérindiens.

Cette revendication a pris la forme d'une requête déposée par le Gran Man auprès de l'attaché de la ministre.

Réponse du préfet de Guyane à ICRA (22 mars 2007)

En janvier dernier, ICRA, au nom des Amérindiens du Haut-Maroni et du collectif Kékétomac Tamo , avait écrit au Président de la République française afin de lui demander de tenir compte des demandes légitimes des Amérindiens de Guyane.

A cette occasion, ICRA avait également demandé que soit maintenu l’arrêté préfectoral de 1970 qui interdit à toute personne de pénétrer sur le territoire amérindien sans autorisation préalable.

Suite à ce courrier à la présidence, nous venons de recevoir une lettre du Préfet de Guyane (daté du 22 mars 2007) nous informant de la création du parc amazonien de Guyane et précisant “ qu’un plan d’accompagnement a été récemment annoncé par le gouvernement”… certainement suite à la pression des organisations amérindiennes et des associations de défense des droits des peuples indigènes dont ICRA, réunies depuis février au sein du Collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni.

Ce courrier nous informe également qu’un “ Conseil d’Administration du Parc se constitue et devra procéder à la rédaction de la future charte qui définira notamment les modalités de gestion et d’application de la réglementation en zone cœur” en nous précisant par ailleurs que “ les demandes de modifications de zonage seront étudiées par ce Conseil…et que la pérennité de la zone cœur du parc n’est donc pas figée”… ce qui nous laisse un peu d’espoir quant à la prise en compte de nos revendications notamment l’extension des zones cœur à l’ensemble des territoires amérindiens. Par contre, rien n’est dit sur le maintien ou non de l’arrêté préfectoral de 1970.

Parc amazonien : Un C.A. ... digne du temps des colonies

La publication de la liste des 43 membres du Conseil d’Administration du parc amazonien de Guyane a suscité l’indignation des Amérindiens et des associations de soutien. En effet, sur 43 membres, seuls 3 sont Amérindiens : aucun représentant des organisations politiques amérindiennes comme Villages de Guyane ou la FOAG ne figure dans cette liste composée de représentants de l’état français, des collectivités territoriales et de personnalités qualifiées, dont quelques représentants d’association de défense de la nature. Ce C.A. compte 5 scientifiques spécialistes des plantes et animaux amazoniens... mais aucun scientifique “spécialiste” des peuples amazoniens n’y figure...
La composition de ce C.A. non représentative des populations concernées réduit nos espoirs quant aux possibilités de modification du zonage du parc qui pouvaient être prévues dans la future charte du parc, charte devant être rédigée par ce même C.A.

ICRA entend bien continuer à faire pression sur les autorités françaises afin de faire entendre la voix des Amérindiens de Guyane qui demandent notamment :
• le rattachement de tous les territoires amérindiens à la zone cœur du parc,
• l’interdiction de l’orpaillage sur l’ensemble du parc,
• le maintien de l’arrêté de 1970,
• la reconnaissance de la propriété foncière collective des communautés amérindiennes.

Khumalé, l'espoir des Wayanas, s'en est allé

Le monde Wayana est en deuil, et bien au-delà c'est toute la société guyanaise et la nation française qui se trouvent rappelées à l'ordre par ce drame. Le jeune Khumalé Pleike en qui les Wayanas avaient mis tous leurs espoirs, vient de mettre fin à ses jours dans la nuit de vendredi à samedi dernier.
Khumalé Pleike siégeait au conseil d'administration du parc amazonien où il représentait les instances coutumières, à la demande du Gran Man Amaïpoti Twenke et des chefs coutumiers du Maroni. Il avait plusieurs fois interpellé la ministre Nelly Ollin et avait rencontré François Bayrou lors de son passage en Guyane, pour rappeler à tous le sort de son peuple abandonné. Khumalé Pleike avait 28 ans.

Les premières réactions :

Alexis Tiouka (FOAG) :
“ J'avais de l'espoir sur lui car il avait des ambitions et une motivation pour travailler pour son peuple. Je suis touché dans mon âme.”

Brigitte Wyngaarde (Association Villages de Guyane, et porte parole du Collectif de soutien aux Amérindiens du Haut Maroni)
: “ Kumale Pleike, le représentant de la Communauté Wayana au Conseil d’administration du Parc amazonien de Guyane, s’est suicidé. Cette mort a ses raisons particulières. Il me semble cependant qu’elle illustre bien le caractère dérisoire d’un projet qui prétendait associer les Communautés à l’administration "du" territoire, mais qui n’a jamais voulu prendre la mesure de la tragédie qui se déroule, depuis plus de vingt ans, dans le Grand Sud de notre département.”

Les autres réactions sur le site blada.com

ICRA écrit au ministre de l'environnement et au préfet de Guyane

Suite aux récents événements en Guyane, notamment les affrontements entre Amérindiens et orpailleurs clandestins et la manifestation de St Laurent du Maroni pour dénoncer l'orpaillage clandestin et l'inaction de l'état français, ICRA a écrit (décembre 2007) au ministre de l’Environnement et au préfet de Guyane.

Rappel :
Affrontements entre Amérindiens et orpailleurs clandestins

Des fusillades ont éclaté à deux reprises en moins d'une semaine en octobre en Guyane dans les villages amérindiens de Elahé et de Cayodé en amont du bourg de Maripasoula.
Les coups de feu auraient été tirés par des orpailleurs brésiliens, selon les premiers éléments de l'enquête de gendarmerie.

Elahé est le premier village amérindien à une heure de pirogue en amont de Maripasoula à la frontière fluviale du Surinam, accessible seulement par pirogue ou par la voie des airs. Elahé, comme Cayodé plus en amont, est aussi un point de Passage obligé vers les sites d'orpaillage clandestins de la rivière Waki .

La violence liée à l'orpaillage progresse continuellement. Dans cette région qui fait partie du Parc national et qui est également zone de vie des Communautés Amérindiennes de Guyane, l'État a renoncé depuis longtemps à ses pouvoirs de police et dénie aux habitants, parmi tant d'autres droits essentiels, le droit à la sécurité. Les villageois d'Elahé et Kayodé doivent désormais faire justice eux-mêmes.

Communiqué de l'Association Kupun Komhe Heïtëi

Kupun Komhe Heïtëi a appellé à manifester le mercredi 28 novembre à St Laurent du Maroni pour dénoncer l'orpaillage clandestin et l'inaction de l'état français.
Depuis plus de dix ans, le Pays Wayana, dans le Sud de la Guyane est en proie à l'orpaillage clandestin.

Les fleuves Waki et Tampock sont pollués par le mercure et les boues rejetées par les chercheurs d'or. L'Etat français nous a oublié et n'a jamais rien fait pour les arrêter. Aujourd'hui non content de nous empoisonner avec leur mercure et de nous affamer avec la disparition du poisson de nos fleuves, les orpailleurs clandestins veulent nous tuer.
Le Préfet de Guyane nie cet état de fait et refuse de nous accorder la protection dont nous avons droit en tant que citoyens français
.

Lettre d'ICRA au ministre de l'environnement
Lettre d'ICRA au préfet de Guyane

Le thema du numéro 64 de notre revue trimestrielle Ikewan est consacré aux Amérindiens de Guyane et au Parc avec notamment des contributions de Eric Navet, Ethnologue et de l’association Solidarité-Guyane.

Guyane : Le Ministre J.L. Borloo répond à ICRA (04.08)

Suite aux événements de l’automne dernier en Guyane, notamment les affrontements entre Amérindiens et orpailleurs clandestins et les manifestations pour dénoncer l'orpaillage clandestin et l'inaction de l'état français, ICRA avait écrit en fin d’année au ministre de l’Environnement et au préfet de Guyane.
Le Ministre de l’Environnement vient de nous répondre…

Extraits de la réponse du Ministre… et premiers commentaires :

(…)Je comprends parfaitement les inquiétudes soulevées et je tiens à vous rappeler que la protection des communautés traditionnelles constitue une de mes priorités (…) ; la création du parc vise à assurer les conditions d’une protection d’un patrimoine naturel et la préservation des modes de vie et cultures des populations qui y vivent. (…)
On aurait donc dû, comme le demandent ICRA et les communautés amérindiennes, établir le parc au nord (là où se trouve la plus grande biodiversité) et créer une entité autonome au sud (afin de respecter au mieux le désir des communautés de vivre en tant que peuple distinct.

(…)Vous me faites part de vos désaccords sur le tracé retenu du cœur du parc et sur le fait que l’ensemble des territoires amérindiens n’ont pas été rattachés au cœur du parc afin de protéger les villages de l’activités aurifère (…) ; le tracé résulte d’un compromis, la volonté de disposer d’un espace protégé de dimension plus importante étant loin d’être partagée par l’ensemble des populations et acteurs locaux (…)
…et surtout des représentants des activités aurifères. Les autorités françaises auraient fait preuve de courage en créant un vrai parc, sur l’ensemble du territoire amérindien, et non pas un parc “gruyère” avec des zones protégées rognées de tous côtés par des enclaves de “libre adhésion”, véritables têtes de pont des activités minières et touristiques actuelles et futures.

(…)Le gouvernement n’a pu répondre à une extension de la zone cœur afin de préserver au mieux le bassin de vie des indiens Wayana (…)
Les Wayana s’étaient pourtant fortement mobilisés, pour preuve les actions de l’association Kupun Komhe Heïtëi pour dénoncer l'orpaillage clandestin et l'inaction de l'état français car depuis des années le Pays Wayana est en proie à l'orpaillage clandestin. Les fleuves Waki et Tampock sont pollués par le mercure et les boues rejetées par les chercheurs d'or. D’autres discours sont apparemment plus écoutés par l’état français que les appels des autochtones…

(…) Toutefois, la création du parc n’interdit pas de revoir le zonage (…) les chances d’un élargissement de la zone cœur ne sont nullement hypothéquées (…)
Il reste donc des possibilités de revoir le tracé, c’est une bonne chose, mais cela nous avait déjà été confirmé par Mme Olin, prédécesseur de Mr Borloo.

(…)Au sujet de l’orpaillage clandestin, le gouvernement n’a en effet jamais cessé d’accroître les moyens mis à la disposition du préfet de Guyane (…)
L’interdiction de cette activité doit être étendue à l’ensemble du territoire et non aux seules zones cœur du parc.

(…)En ce qui concerne l’accès au territoire, les dispositions actuelles, notamment l’arrêté préfectoral de 1970 en vigueur, seront maintenues jusqu’à l’adoption de la charte du parc (…)
Le maintien de l’arrêté de 1970 est essentiel à la protection des communautés amérindiennes, ICRA demande son maintien dans le futur, quelque soit le tracé du parc et son zonage.

(…)pour ce qui concerne la cession des terres du Domaine aux communautés d’habitants, cette question ne relève pas de mes compétences (…)
La reconnaissance de la propriété foncière collective des communautés amérindiennes demande en effet une modification de notre constitution. C’est aux représentants des amérindiens et aux associations de défense des peuples autochtones de faire pression sur les autorités actuelles et de demander que cette reconnaissance de la propriété foncière collective soit reconnue par la constitution.

Pour plus d'informations


Appel du Grand Man Wayana, chef des Wayanas, Touenké Amaïpoti (septembre 08)

ICRA s’associe à l’appel au secours des Amérindiens Wayana et Teko de Guyane afin que les autorités reprennent leurs activités destinées à stopper l’orpaillage dans la région du Haut Maroni.
ICRA vient d’écrire au préfet de Guyane et au Ministre J.L. Borloo.

“Depuis mars 2008, la région du Haut-Maroni est accablée par la présence constante et accélérée d’orpailleurs clandestins. Ces orpailleurs transitent d’abord du côté surinamais avant de rejoindre les rives françaises.

C’est jour et nuit que les piroguiers remontent le cour du Maroni à raison d’une quinzaine de pirogues par semaine. Le résultat de cet orpaillage acharné s’observe de façon flagrante rien qu’en observant la turbidité de l’eau. Le fleuve est devenu aux yeux de tous le monde, méconnaissable.
La situation est devenu dramatique pour toutes les populations qui vivent aux abords des fleuves Tampok et Litani. Il est maintenant devenu impossible de boire l’eau, de se baigner et de se laver.


La pêche traditionnelle ou pas n’est plus possible, sans parler de la forte concentration en mercure que doivent absorber les poissons. La navigations est devenue dangereuse, car l’observation des rochers affleurants est impossible. De plus, la présence des clandestins crées une véritable situation d’insécurité. En effet, les clandestins qui non seulement tue les gibiers protégés (singes atèles, tatous à neuf bandes…), s’en prennent aussi aux poissons et à la pharmacopée, vont jusqu’à dérober les cultures des abattis et sont capables de menacer les gens qui y cultivent ou qui chassent en pleine forêt.

Le résultat de cette présence clandestine est sans appel : apparition de la prostitution, du trafic de drogues (cocaïne, cannabis, alcool…), de commerces illicites (chinois, brésiliens), disparition de l’eau potable et de la nourriture pour les habitants du fleuve. Apparition de maladies cutanées, gastriques, ORL, rendant les grossesses inquiétantes et le développement des enfants nouveaux nés ou en bas âge, incertains. Tous ces sentiment de peur et d’injustice sont forts, sans parler de celui du pillage de la richesse du sous-sol Guyanais.

(…)Toutes ces richesses qui sont dérobées sans aucune concertation, en totale impunité, amène l’ensemble de la population Wayana, Emérillon, Apalaï, et les fonctionnaires d’état…à vous informer de cette situation urgente et intolérable face à laquelle notre état français ne prend aucune initiative déterminante. Les opérations Anaconda et harpi ont été supprimées au grand désarroi de la population.

    Nous vous demandons de mettre en place des postes de surveillance à Petit- Maruini et à Cayodé afin d’empêcher les clandestins de rejoindre la crique Lipolipo, cela dans le but de nettoyer à la fois nos forêts et notre fleuve et de protéger nos modes de vie mais aussi et purement nos vies”.

Appel co-signé par l’ensemble des capitaines (chefs coutumiers) des villages de Cayodé, Twenké, Taluwen, Antecum Pata et Elahé