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Actions urgentes

Tous avec la Bolivie

Depuis son élection, le président Evo Morales mène avec courage une politique audacieuse notamment en faveur des communautés indigènes, cela malgré l’hostilité de l’oligarchie et l’ingérence extérieure. Le 4 mai les latifundistes de la région de Santa Cruz ont organisé une consultation pour contrer les réformes en cours, menaçant la stabilité du pays.
Avec ICRA, soutenez la Bolivie et les réformes d’Evo.
Les multinationales pétrolières et autres n'acceptent d'avoir "perdu" la Bolivie. Les Etats-Unis s'efforcent donc de renverser le président légalement élu, Evo Morales. Après avoir tenté un coup d'Etat militaire contre Chavez en 2002, après avoir saboté l'échange de prisonniers en Colombie et menacé militairement les pays voisins, Washington utilise à présent le séparatisme pour faire éclater la Bolivie.

L'ambassadeur des USA parle de la “République de Santa Cruz” dont les riches propriétaires terriens refusent les réformes sociales et l'émancipation des Indigènes. Les multinationales pourraient ainsi récupérer une partie des richesses du pays.

Communiqué de Tous avec la Bolivie

En Bolivie, le processus de changements pour les majorités court le risque d’être brutalement restreint. L’arrivée au pouvoir d'un président indigène, élu avec un soutien sans précédent dans ce pays, et ses programmes de bénéfice populaire et de récupération des ressources naturelles, ont dû affronter dès les premiers moments les conspirations oligarchiques et l'ingérence impériale.

Récemment, l'escalade conspirative a atteint ses niveaux maximaux. Les actions subversives et anticonstitutionnelles avec lesquelles les groupes oligarchiques prétendent diviser la nation bolivienne, reflètent la mentalité raciste et élitiste de ces secteurs et constituent un très dangereux précédent, non seulement pour l'intégrité de ce pays, mais aussi pour celle d'autres pays de notre région.

L'histoire montre avec une grande éloquence les terribles conséquences que les processus divisionnistes et séparatistes induits et approuvés par de puissants intérêts étrangers ont eu pour l'humanité sur tous les terrains.

Devant cette situation nous, les signataires, voulons exprimer notre soutien au gouvernement du Président Evo Morales Ayma, à ses politiques de changement et au processus constitutif souverain du peuple bolivien. De même, nous rejetons l'appelé Statut autonome de Santa Cruz pour son caractère inconstitutionnel et pour attenter contre l'unité d'une nation de notre Amérique.

Nous appelons toutes les personnes de bonne volonté pour qu'elles unissent leurs voix pour dénoncer, par toutes les voies possibles, cette manœuvre divisionniste et déstabilisatrice dans une heure historique pour l'Amérique Latine”
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Vous pouvez également protester contre les violences racistes à Sucre

Des propriétaires prennent les armes contre la réforme agraire

    La libération des indigènes exploités dans les haciendas se heurte aux résistances des latifundistes qui misent sur le référendum du 4 mai pour stopper la réforme agraire.

    A moins d'un mois du référendum autonomiste, le drame qui se noue dans le sud-est du Département de Santa Cruz a tout du symbole. Dans l'aride Chaco bolivien, où plusieurs milliers d'indigènes guaranis vivent encore à l'état de serfs, les propriétaires terriens multiplient, depuis deux mois, les coups de force, afin d'empêcher toute redistribution agraire d'ici au 4 mai, date choisie par les séparatistes de Santa Cruz pour organiser leur consultation. Vendredi dernier, pour la quatrième fois en moins de deux mois, les hommes de main des latifundistes ont usé de la force contre une délégation officielle qui tentait de se rendre auprès des communautés dites “captives” de la zone du Alto Parapeti (Province de la Cordillère). Depuis mardi soir, ces miliciens bloquent plusieurs voies de communications pour empêcher l'arrivée d'une commission gouvernementale, faisant craindre de nouvelles violences. Signe de la détermination et du sentiment de toute-puissance des propriétaires, ni la présence du vice-ministre de la Terre, Alejandro Almaraz, au sein de la délégation du 4 avril, ni celle d'une quarantaine de policiers l'accompagnant n'ont dissuadé les attaquants. Au nombre d'une cinquantaine, ils ont lancé pierres, pétards et fusées, obligeant les policiers à riposter à coups de grenades lacrymogènes. Un indigène et un policier ont été blessés.

    Ministre retenu et menacé

    Peu avant les affrontements, l'un des principaux éleveurs de la zone, l'Américano-Bolivien Ronald Larsen, avait menacé de mort, carabine en mains, les fonctionnaires de La Paz qui oseraient revenir sur ses terres. Un avertissement déjà proféré, le 27 février dernier, lorsqu'un groupe de latifundistes, d'élus de l'opposition et de proches du gouverneur de Santa Cruz Ruben Costa avaient chassé manu militari les experts de l'Institut national de la réforme agraire (INRA), basés à Camiri, principale ville du Chaco. Puis deux jours plus tard, lorsque le vice-ministre Almaraz et le directeur de l'INRA, Juan Carlos Rojas, avaient tenté une première fois de se rendre sans escorte dans le Alto Parapeti pour initier le processus d'inspection des terres. Une «violation de propriété privée», selon M. Larsen, qui leur avait valu la destruction complète de leurs véhicules et une prise en otages de sept heures par les cow-boys du latifundiste américano-bolivien, bien décidé à défendre l'intégralité des 15 000 hectares aux mains de sa famille.

    Tenir jusqu'au 4 mai

    Car la cause de ce mauvais western est là. Depuis l'adoption à fin 2006 d'une loi permettant de saisir des terres sur lesquelles du travail forcé a été constaté, certains exploitants du Chaco savent leurs heures comptées. S'ils continuent de nier la condition de “servitude” de leurs employés guaranis, ils ne peuvent ignorer que le rapporteur onusien sur les droits autochtones Rodolfo Stevenhagen, la Commission interaméricaine des droits humains et le Défenseur du peuple ont tous établi l'existence de telles relations de travail dans la Province de la Cordillère.
    Selon une étude menée par la Croix-Rouge suisse et le Ministère de la justice, au moins vingt-six haciendas profitent de la main-d'oeuvre “captive” de dix communautés indigènes. Une domination basée sur l'inégale distribution des terres, un système de rétributions en nature, la transmission héréditaire de dettes et l'intimidation physique.

    Un tableau qui explique aisément la détermination des exploitants des haciendas à empêcher le passage des fonctionnaires de l'INRA. Du moins jusqu'à l'hypothétique sécession de Santa Cruz ou la chute du gouvernement d'Evo Morales...

    Territoire ancestral

    Pour les Guaranis comme pour les latifundistes, l'enjeu dépasse les seules communautés captives. La démarche menée depuis le 29 février par les fonctionnaires de l'INRA vient s'additionner à la réforme agraire plus classique, qui permet déjà à l'Etat de redistribuer les grandes surfaces improductives et d'annuler les titres de propriétés frauduleux qui pullulent dans ce far east bolivien.

    Pour la seule Province de la Cordillère, l'Assemblée faîtière du peuple guarani (APG) espère ainsi constituer un Terre communautaire d'origine (TCO) de quelque 200 000 hectares.

    Au-delà des besoins premiers des familles captives et autres paysans sans terre, le projet de TCO sur la Cordillère fait surtout figure d'emblème de la politique indigéniste du gouvernement et des mouvements sociaux. Deux fois grande comme la Suisse, l'immense province – dédale de vallons et de gorges qui naguère protégèrent la guérilla du Che – fut aussi le dernier rempart de la Nation guarani face à l'avancée blanche. Un bastion tombé il y a à peine quatre générations.

    Renforts

    Avec le soutien appuyé des milieux autonomistes de la capitale de l'Orient bolivien, les propriétaires terriens du Chaco ont lancé une contre-offensive médiatique et politique, arguant que la redistribution des terres détruirait un tissu économique crucial. Mais surtout, la Fédération des éleveurs boliviens (FGB) fait courir le bruit que le Département de Santa Cruz perdrait les revenus fiscaux du TCO au profit des seuls indigènes. Une crainte sans base juridique, mais pouvant créer l'émoi dans cette région riche en hydrocarbures.

    Pour l'heure toutefois, la population du Chaco se montre peu sensible au discours. Selon divers témoignages, les coupures de routes menées hier résultaient surtout de l'abattage d'arbres par des employés des haciendas et de l'obstruction de véhicules.

    Bien qu'en conflit avec La Paz, le puissant Comité civique de Camiri – contrairement à celui de Santa Cruz – soutient fermement les revendications indigènes. L'APG se disait hier en mesure de mobiliser un millier de militants de mouvements sociaux et d'indigènes pour accompagner la nouvelle tentative des experts de l'INRA.

    Quant au gouvernement, il paraît déterminé à maintenir le cap. Outre le renfort de 200 policiers, Evo Morales vient d'envoyer sa ministre du Développement rural, Susana Rivero, prendre la tête de la délégation gouvernementale et soutenir son vice-ministre des Terres, installé à plein temps à Camiri depuis une semaine. Des messages forts du président à l'intention de ses alliés de l'Est bolivien mais aussi à ses adversaires.
    Benito Pérez, 10 avril 08
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Suivi de Campagne

Victoire des partisans de l'autonomie à Santa Cruz lors du référendum du 4 mai 2008

Le référendum d'autonomie organisé par la région la plus riche de Bolivie, en défi au président socialiste Evo Morales, a provoqué dimanche une flambée sporadique de violences.
Les électeurs de la région de Santa Cruz ont voté dimanche par référendum à plus de 85% en faveur de son autonomie. Les partisans de M. Morales qui dénonce la volonté "séparatiste" de la province orientale de Santa Cruz, ont tenté d'empêcher par la force le déroulement du scrutin en s'emparant d'urnes et de bulletins de vote.
Le scrutin revêt un caractère très conflictuel car la région concentre la majeure partie des gisements de gaz, la principale richesse de ce pays de neuf millions d'habitants, le plus pauvre d'Amérique du Sud.

L’oligarchie contre les pauvres et les indigènes

Fer de lance de l'opposition libérale, la région de Santa Cruz, dominée par les grands propriétaires terriens, conteste la nouvelle Constitution défendue par M. Morales, qui prévoit une redistribution de la manne gazière et des terres.

Les affrontements les plus graves se sont produits dans le quartier de “Plan 3000”, banlieue pauvre de la capitale régionale Santa Cruz, où vit une forte communauté indigène qui soutient le chef de l'Etat, premier président amérindien de Bolivie.

Des urnes et des bulletins de vote ont été brûlées dans cette poche de pauvreté de 250.000 habitants, où des manifestants ont tenté en vain de prendre d'assaut un centre de vote.

Selon une source médicale, un septuagénaire qui assistait aux affrontements, est décédé asphyxié après des tirs de gaz lacrymogène.

Le référendum est marqué par la violence et nous avons des rapports faisant état de dix-huit blessés au Plan 3000 et de deux supplémentaires dans la localité de Montero", a déclaré le ministre du gouvernement Alfredo Rada au cours d'une conférence de presse au palais présidentiel à La Paz.

Dominée par l'opposition, la région de Santa Cruz avait appelé près d'un millions d'électeurs à se prononcer dimanche sur l'autonomie régionale, dans le but de gérer les ressources de cette province riche au niveau régional et non national, et de créer sa propre force de police.

"Ce référendum a été fomenté par les patrons pour nous voler nos ressources et les offrir aux multinationales étrangères", a déclaré à AFP Luis Flores, un artisan de 40 ans, qui soutient le Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti présidentiel.

Des barrages routiers ont été dressés dès l'aube pour entraver l'acheminement des urnes à San Julian et Yapacani, des poches de pauvreté de la province à une centaine de kilomètres au nord de Santa Cruz.

Des fonctionnaires électoraux y ont été reçus par des coups de poing et des urnes ont été détruites à San Julian, selon des images diffusées par la télévision locale.
En dissidence avec les autorités centrales, la Cour électorale de Santa Cruz, qui organise le scrutin, a minimisé les incidents, estimant qu'il s'agissait “d'actes isolés”.
Cette crise attise la fracture entre la population indigène des montagnes de l'Ouest et celle des plaines agricoles de l'Est, pour la plupart d'origine européenne ou métisse.
Plusieurs centaines de policiers nationaux ont été envoyés en renfort à Santa Cruz, où la sécurité des bureaux de vote était assurée par un millier d'agents municipaux désarmés.

Abstention record

Selon le quotidien El Deber, l'abstention aurait été de 25 %, plus importante que lors de précédents scrutins. Le réseau radiophonique Fides, lié à l'Eglise catholique, bien implantée dans la région des anciennes missions jésuites, évoque une abstention supérieure en zone rurale, jusqu'à 36 % à San Javier et à Concepcion.

Lors d'une conférence de presse à La Paz, dimanche soir, le président Morales a déclaré que le référendum était un "échec". "Les autorités et les dirigeants devraient dire la vérité", a-t-il lancé. A son avis, l'addition des abstentionnistes, du vote “non” et des bulletins nuls démontre que la moitié des habitants de Santa Cruz n'approuve pas l'autonomie régionale. Le chef de l'Etat a appelé les préfets des neuf départements à reprendre le dialogue avec le gouvernement.

Sources : le Point, Le Monde

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Bolivie : Le président Evo Morales convoque un référendum révocatoire pour le 10 août prochain (05.08)

Le président a réaffirmé sa confiance envers le processus démocratique pour résoudre les différences et déclare "considération populaire" la fonction de président que lui ont confiée les Boliviens en décembre 2005, et avec lui, le processus de changement qu’il mène en Bolivie.
Le président bolivien Evo Morales vient de promulguer la loi de convocation officielle du référendum révocatoire du mandat populaire du président, vice-président et des préfets (gouverneurs) départementaux. Il aura lieu le 10 août prochain.

En même temps, il a convoqué à une réunion tous les préfets.
Il a rappelé qu’avant le 4 mai, les préfets n’avaient pas écouté les appels au dialogue formulés par la communauté internationale (la O.E.A.) et l’Eglise Catholique.
Il a ajouté: “Maintenant, en tant que président constitutionnel, je vous appelle au dialogue”.
Son intention est que les différends entre Boliviens se résolvent par les urnes et non par les armes. Le gouvernement souhaite qu’à travers le dialogue, de nouveaux référendums autonomes soient évités, comme celui qui a eu lieu à Santa Cruz le dimanche 4 mai, en marge de la loi et de la constitution bolivienne.

Pour la première fois dans toute l’histoire de la Bolivie, le peuple a le droit non seulement de choisir mais également de révoquer les autorités si celles-ci ne sont pas utiles ou ne sont pas au service du peuple, a affirmé Evo Morales, au moment de sanctionner la loi.

Samedi dernier, lors d’un discours à Oruro, Evo Morales avait anticipé le fait que l’opposition “dépoussiérerait” le projet qu’il avait lui-même envoyé en décembre dernier au parlement.
A l’époque, les députés du MAS avaient approuvé la convocation mais l’opposition fit tomber le projet au Sénat, où ils ont la majorité.
Maintenant, sans doute en supposant que le gouvernement a été affaibli suite au référendum illégal effectué à Santa Cruz, l'opposition a décidé de manière surprenante de le “sortir du tiroir” et de l’approuver.
Il semblerait que les opposants aient cru que le président utiliserait son droit de veto pour rejeter leur référendum.
Mais au contraire, Evo Morales a déclaré “ne pas avoir peur ”du vote populaire et qu’il se soumettrait à ce référendum afin que ce soit le peuple qui décide de manière pacifique et par les urnes qui doit rentrer à la maison.

Le vice-ministre Héctor Arce a affirmé que l’opposition s’est trompée en pensant que le premier mandataire allait rejeter une loi initiée par lui-même, et ce faisant générer un scénario d’usure pour le gouvernement.
La sanction de cette norme, a-t-il ajouté, permettra au peuple de décider par ce vote qui reste et qui s’en va, c’est-à-dire qui a fait son devoir, et qui ne l’a pas fait .

De son côté, la députée bolivienne Elizabeth Salguero a déclaré “qu'il s’agissait, de la part du congrès, d’une mesure judicieuse afin de rendre viable la demande du président de faire appel à une consultation populaire, face aux interrogations des secteurs oligarchiques”. Et d’ajouter : “Nous nous réjouissons qu’ils aient rendu possible cette consultation populaire car nous devons en revenir à l’institution démocratique et le peuple doit décider s’il accompagne le président Morales pour poursuivre ce processus de changement ou s’il ne veut pas de ces changements structurels, pour qu’ainsi soit résolue cette dichotomie du pouvoir.

Comme l’a dit le président, a-t-elle ajouté, que ce soient les urnes qui décident et non les armes.

Salguero a expliqué que le “référendum a été convoqué par le biais d’une loi, énoncée par le congrès, et applicable après promulgation par le président. La loi affirme que, pour qu’Evo Morales soit révoqué en consultation populaire, le “non” doit dépasser les 53,7% des votes qu’il a obtenus lors des dernières élections de 2005”, lorsqu’il fut élu président.

Au sujet de la consultation sur l’autonomie qui a eu lieu à Santa Cruz, la législatrice a déclaré qu’il s’agit d’un “carnaval autonome plus que d’un processus démocratique” et a souligné que le “régime autonome n’existe pas dans la constitution”.

Enfin, elle a répété que “le référendum révocatoire va réorienter la voie démocratique pour que le peuple décide s’il veut ce processus de changement ou s’il nous faut accompagner le président”.

Avec ces deux mesures, celle d’exposer son poste et celui du vice-président à la considération du vote populaire, ainsi que celle de la convocation de tous les préfets à un dialogue, Evo Morales prend à nouveau l’initiative d’une option risquée qui confirme sa vocation démocratique et sa conviction de la nécessité des changement qu’il promeut pour son pays.

L’opposition devrait reconnaître l’illégalité du référendum réalisé à Sant Cruz, et accepter le jeu démocratique avec toutes ses conséquences. Le référendum révocatoire est une issue “in extremis”, mais qui, face au refus de dialoguer persistant de la part de l’opposition, s'avère valable pour éviter l’éclatement de la crise et la progression de la division interne.

Racisme et violation des Droits de l’Homme à Sucre (24 mai 08)

Selon l’usage en Bolivie, samedi 24 mai, la ville de Sucre s’apprêtait à commémorer le premier soulèvement contre l’Espagne coloniale. Ce qui aurait dû être une fête réunissant les citoyens afin de célébrer les luttes pour l’Indépendance s’est transformé en une journée de furie raciste. La violence qui s’est déchaînée à Sucre contre les paysans indiens n’a nullement ravivé la mémoire des batailles héroïques : ce sont plutôt les heures les plus sombres de l’époque coloniale qui ont paru d’actualité.

Pour la célébration du “Cri libérateur”, le Président de la République de Bolivie, Evo Morales, devait venir à Sucre remettre aux délégations paysannes, réunies dans le stade Patria, des fonds destinés à financer des projets de développement ainsi que l’achat d’ambulances. La nuit précédente, des groupes organisés, notamment étudiants, armés de pétards et de dynamite, occupèrent le quartier du stade, décidés à empêcher l’événement. A l’origine de cette initiative se trouve le soi-disant “Comité Interinstitutionnel” qui prétend tracer l’avenir politique de la cité – sans jouir de la moindre représentativité populaire ni de la moindre autorité départementale. Ce Comité est animé par le Recteur de l’Université San Francisco Javier de Chuquisaca, par diverses personnalités universitaires ou de la mairie, par un groupement dénommé “Comité Civico”, et par la fédération patronale du département. Tout cela en étroite collaboration avec les leaders de l’opposition du Département de Santa Cruz.

En raison du climat de violence instauré depuis la veille, le rendez-vous prévu avec Evo Morales est annulé.

Quand se présentent les paysans venus des campagnes alentour, accompagnés de leurs représentants traditionnels – tel le maire de Mojocoya –, ces membres des communautés indiennes, hommes, femmes et enfants, sont attendus aux entrées de la ville et s’y trouvent bloqués. On leur jette des pierres, on les frappe, et même les femmes et les enfants qui gisent à terre sont roués de coups de pied. Autour de Sucre, et dans divers quartiers, des événements d’une extrême violence se produisent : des indigènes sont insultés, poursuivis, volés et contraints de se réfugier dans des maisons qui sont ensuite saccagées .

Cinquante cinq paysans sont pris en otage et obligés à se mettre torse nu et à marcher mains attachées. Parvenus sur la place principale de Sucre, on les humilie sans que le public proteste, on leur ordonne de faire le tour de la place. Devant le siège des autorités (la Casa de la Libertad), on les force à se mettre à genoux, à embrasser le sol tandis que sont brûlés leurs drapeaux, leurs insignes et leurs vêtements traditionnels. Des groupes de jeunes isolés prennent en otages d’autres paysans, les enferment, les maltraitent, les frappent en leur imposant d’absorber des excréments de poulets.

On dénombre plus de cinquante blessés ; la presque totalité sont des paysans indigènes dont plusieurs sont dans un état grave. Des médecins de l’hôpital Santa Barbara et de l’hôpital universitaire ont refusé de prodiguer des soins à certains d’entre eux .

Ces événements inacceptables, reconstitués à partir de nombreux témoignages de paysans, de témoins oculaires et d’articles de la presse locale (El Correo del Sur du 25 mai 2008), pourraient être interprétés comme la conséquence du climat d’affrontement politique que connaît actuellement la Bolivie. En fait, ils trouvent leurs origines dans le resurgissement d’un profond racisme anti-indigène comme le montrent des appels “à tuer les Indiens”, “à empêcher qu’ils entrent dans la ville”, “à les traiter comme des animaux”. Ces incitations visent à persécuter, dévaloriser et exclure des citoyens boliviens, non seulement à cause de leur extrême pauvreté, mais aussi de leurs origines ethniques .

ICRA vient d'envoyer une lettre à la maire de la ville de Sucre pour protester contre ces violences racistes à l'encontre des Indiens.
Vous pouvez vous aussi envoyer votre lettre de protestation

(version française de cette lettre)