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Actions urgentes

Thaïlande : Rapatriement forcé de 3000 Karens vers la Birmanie

Le retour forcé en Birmanie de près de 3.000 citoyens birmans d’origine karen a commencé le vendredi 5 février. Ces Karens avaient trouvé refuge en Thaïlande en juin 2009 après que leurs villages aient été attaqués par l’armée birmane. Le gouvernement thaï a officiellement déclaré que ces retours sont volontaires, il apparaît pourtant que les réfugiés sont soumis à une forte pression, tout en étant détenus dans des conditions difficiles dans deux camps temporaires, le long de la frontière birmano-thaïe.
Au même moment, près de 2.000 Karens ont été déplacés de leur village d’origine au cours du mois de janvier 2010 suite à une série d’offensives militaires menées par les militaires birmans.
ICRA a écrit aux Ambassades de Thaïlande à Paris, Berne et Bruxelles afin de protester contre ces retours forcés. Nous avons reçu une réponse de l'Ambassade de Thaïlande à Bruxelles.
En juin 2009 près de 3.000 citoyens karens ont franchi la frontière birmane et trouvé refuge en Thaïlande après des raids militaires dans le district de Pa’an (Etat Karen) menés conjointement par l’armée birmane et l’armée bouddhiste démocratique karen (DKBA), une milice karen à la solde du régime. D’un point de vue stratégique, il s’agit pour les généraux birmans d’affaiblir les zones contrôlées par l’Union nationale karen (KNU) mais aussi de prendre le contrôle sur la région frontalière et du lucratif commerce transfrontalier qui s’y déroule, tout en limitant les flux d’information à destination de la Thaïlande, en particulier les informations concernant la situation des droits de l’homme dans l’Est de la Birmanie.

Ces attaques et les déplacements forcés de population qu’ils ont engendré ont conduit l’Union européenne a émettre un communiqué officiel le 12 juin 2009 et à noter “avec beaucoup de préoccupation l’offensive de plus en plus importante menée par l’armée birmane et ses alliés contre l’armée karen de libération nationale (KNLA), qui a provoqué l’exode vers la Thaïlande d’un grand nombre de civils fuyant le conflit dans l’Etat kayin/karen.”

Parmi ces 3.000 réfugiés, près de la moitié avait déjà subi un premier déplacement forcé, et vivait dans des camps temporaires sous la protection de la KNU. Lors d’une mission de terrain en janvier 2009, Info Birmanie avait pu se rendre dans l’un de ces camps, le Ler Per Her camp, où les conversations avec quelques unes de ces personnes déplacées avaient clairement établi les multiples violations dont elles avaient été victimes, et qui avaient causé leur déplacement forcé.

A leur arrivée en Thaïlande, les autorités thaïes n’ont pas autorisé les réfugiés à rejoindre les camps de réfugiés installés le long de la frontière et dans lesquels les réfugiés ont accès à de la nourriture, à l’éducation et à des soins. Ces réfugiés ont été placés dans deux camps temporaires, Nong Bua et Mae U Su, où les conditions de vie se sont révélées très précaires.

Si la Thaïlande a opté pour une position plutôt clémente à l’égard des réfugiés birmans au cours des vingt dernières années, en autorisant par exemple la création de plusieurs camps de réfugiés sur son territoire, elle n’est pour autant pas signataire de la convention de 1951 sur les réfugiés. Le 13 janvier 2010 lors d’une réunion officielle à laquelle participaient l’UNHCR (office des nations unies pour les réfugiés), des organisations humanitaires internationales, et des officiels thaïs, les autorités thaïes ont abordé la question des 3.000 réfugiés et du camp temporaire, proposant à ceux qui souhaitent un retour volontaire de les aider à rentrer en Birmanie, et de reloger les autres familles dans le camp de réfugié principal de Mae La. La position des autorités thaïes a depuis évolué vers une solution plus radicale, à savoir le retour progressif en Birmanie de l’ensemble des réfugiés.

D’après les informations dont disposent les organisations birmanes venant en aide aux réfugiés et déplacés birmans, les premiers camions militaires arriveront au camp de Nong Bua le 5 février et emmèneront une première vague de soi-disant ‘volontaires’ jusqu’à la frontière birmane : cela concernerait environ 30 familles. Les déportations devraient continuer durant les dix jours suivants, jusqu’au 15 février.

Cette décision des autorités thaïes intervient au moment même où le régime militaire birman continue de mener une campagne militaire très violente dans les régions de l’Est du pays. Au cours des dix derniers jours du mois de janvier, une série d’attaques dans les districts de Toungoo, Mutraw, Papun et Nyaunglebin (Etat Karen) a conduit plus de 2.000 civils karens à fuir dans la jungle pour échapper aux attaques militaires et aux autres sévices imposés par l’armée birmane (travail forcé, viol, …). Le caractère à la fois généralisé et systématique des attaques du régime birman à l’encontre des minorités ethniques est désormais reconnu par plusieurs agences de l’ONU, dont le rapporteur sur les droits de l’homme en Birmanie, et les organisations de défense des droits de l’homme n’hésitent plus à parler de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Dans ces régions, plus de 1 million de personnes ont été déplacées de force et 3.300 villages ont été détruits au cours des quinze dernières années.

Au cours des dix-huit derniers mois (juillet 2008-décembre 2009), les opérations militaires du régime birman ont engendré le déplacement forcé d’au moins 118.800 personnes dans l’Est de la Birmanie. L’augmentation des déplacements forcés est indubitablement liée au calendrier politique et à la tenue d’élections générales en 2010 : imposant la reddition totale à tous les groupes ethniques armés avant la tenue du scrutin, l’armée birmane a en conséquence accentué la pression dans les régions shan, kachin et karen. en conséquence accentué la pression dans les régions shan, kachin et karen.
Source : info-Birmanie et nos correspondants en Thaïlande

ICRA demande (voir lettre ci-dessous) notamment aux autorités thaïlandaises de respecter le droit international en matière de réfugiés et la volonté des réfugiés karen de rester sur le sol thaïlandais.

    Excellence,
    Les autorités thaïlandaises ont commencé vendredi 5 février le retour forcé en Birmanie de près de 3.000 citoyens birmans d’origine karen. Ces Karens avaient trouvé refuge en Thaïlande en juin 2009 après que leurs villages aient été attaqués par l’armée birmane.
    Le gouvernement thaïlandais a officiellement déclaré que ces retours sont volontaires, il apparaît pourtant que les réfugiés sont soumis à une forte pression, tout en étant détenus dans des conditions difficiles dans deux camps temporaires, le long de la frontière birmano-thaïe.

    Même si la Thaïlande n'est pas signataire de la convention de 1951 sur les réfugiés, elle a opté pour une position plutôt clémente à l’égard des réfugiés birmans au cours des vingt dernières années, en autorisant par exemple la création de plusieurs camps de réfugiés sur son territoire.
    Malheureusement, la position des autorités thaïlandaises a depuis quelques temps évolué vers une solution plus radicale, à savoir le retour progressif en Birmanie de l’ensemble des réfugiés.

    Au vu des risques encourus par les réfugiés karen à leur retour en Birmanie (crimes, exécutions, travail forcé, viol, etc.), nous demandons au gouvernement thaïlandais :
    - de stopper le rapatriement forcé de ces 3000 réfugiés karen,
    - d'autoriser ces réfugiés à rejoindre les camps de réfugiés installés le long de la frontière et dans lesquels les réfugiés ont accès à de la nourriture, à l’éducation et à des soins (Ces 3000 réfugiés karen ont été placés dans deux camps temporaires, Nong Bua et Mae U Su, où les conditions de vie sont très précaires),
    - de respecter la volonté des réfugiés de rester sur le territoire thaïlandais jusqu'à l'instauration d'un gouvernement démocratique en Birmanie.


    En vous remerciant de l'attention que vous porterez à cette lettre
    Salutations


Vous pouvez vous aussi écrire aux Ambassades de Thaïlande en reprenant les principaux éléments de notre lettre

adresses :

Ambassade du Royaume de Thaïlande 8, rue Greuze F - 75116 Paris
Royal Thay Ambassy Kirchstrasse 56, CH - 3097 Liebefeld/Bern
thai.bern@bluewin.ch
Ambassade de Thaïlande Square du Val-de-la-Cambre, 2, B - Bruxelles 1050
Fax : 02-648-30-66

Suivi de campagne

Commentaires suite à la réponse reçue de l'Ambassade de Thaïlande à Bruxelles

Suite à la lettre de protestation envoyée par ICRA International aux autorités thaïlandaises faisant suite aux récentes expulsions forcées de réfugiés Karens vers la Birmanie et à la réponse qui nous a été faite par l'ambassade de Thaïlande en France et qui vise à minimiser les faits, plusieurs points de cette réponse méritent des clarifications qui nous ont été transmises par nos correspondants sur le terrain, témoins au quotidien de la situation des réfugiés dans la région frontalière de Mae Sot.

Les autorités Thaies nous affirment que la situation en Birmanie dans l'état Karen est revenue à la normale, ce qui n'est pas exact , les attaques de l'armée birmanes sur les camps frontaliers côté birman se poursuivant, les mines étant continuellement posées et renouvelées par l'armée birmane et les accidents de plus en plus fréquents sur le territoire Karen.
Les exactions de l'armée birmanes sur les populations civiles se poursuivent à un niveau important, (travail forcé, restriction sur les ressources alimentaires et sur l'accès aux soins, assassinats, enlèvements, tortures et contraintes de toutes natures sur les populations civiles les empêchant de vivre normalement et de subvenir à leurs besoins par leurs activités agricoles).


Plusieurs témoins ont constaté que l'expulsion des familles de l'autre côté de la frontière a été momentanément stoppé quand une délégation de représentants de l'UNHCR est arrivée sur place, mais cela n'a été que de courte durée.

Les représentants du gouvernement Thaie affirment que les représentants locaux du gouvernement et l'armée agissent en toute transparence et ne cachent rien quant au traitement réservé aux réfugiés Karens. La région est soumise à la loi martiale, en conséquence les militaires n'ont pas l'obligation de rendre compte de leurs activités ni de leurs initiatives à l'encontre des populations réfugiées dans cette zone frontalière.

Il a été par ailleurs constaté en février qu'à l'exception des missions qu'elle conduisait lors des reconduites à la frontière, l'armée Thaïlandaise restait positionnée dans une zone suffisamment éloignée de la frontière, laissant les soldats birmans et leurs alliés libres de pénétrer en territoire thaïlandais pour intimider les réfugiés.

L'armée Thaïlandaise continue à exercer une pression psychologique importante et des intimidations permanentes sur la population Karen, contraignant les réfugiés à repartir en Birmanie au mépris des risques considérables qu'ils encourent sur le sol birman.


Il est nécessaire aujourd'hui de maintenir notre pression sur les autorités Thaïlandaises, de leur demander expressément d'annuler la loi martiale qui frappe cette région frontalière , d'accepter et de respecter les accords de la convention de Genève, accords que toute nation respectueuse des droits humains a déjà validés.

Parallèlement à cette requête nous devons demander à la Thaïlande d'apporter sa protection mais aussi un soutien sanitaire et alimentaire aux populations réfugiées ou tout au moins de mettre tout en oeuvre pour faciliter le travail des associations sur place.
Patrick Bernard
ICRA International

Le courrier d'ICRA envoyé aux Ambassades et la réponse de l'Ambassade de Thaïlande à Bruxelles

Thaïlande : retour forcé pour 2500 réfugiés Karen

Face à la pression constante de l’armée Thaïlandaise, près de 2500 réfugiés Karen des camps temporaires de Nong Bua et de Mae U Su ont dû rejoindre la Birmanie.
Les campagnes de protestations de plusieurs organisations dont l’UNHCR et ICRA avaient momentanément ralenti les expulsions mais cela n'a été que de courte durée…

Deux camps provisoires de réfugiés Karen, établis en juin 2009 dans le district de Tha Song Yang, dans la province de Tak (Thaïlande) ont été abandonnés par leurs occupants qui ont rejoint la Birmanie. Ces deux camps accueillaient près de 2500 réfugiés.

En juin 2009 près de 3000 citoyens karens avait franchi la frontière birmane et trouvé refuge en Thaïlande après des raids militaires dans le district de Pa’an (Etat Karen) menés conjointement par l’armée birmane et l’armée bouddhiste démocratique karen (DKBA).

Les réfugiés ont quitté les camps provisoires en petits groupes depuis la fin janvier et début avril, les dernières familles restantes ont décidé de partir ensemble : environ 600 personnes, dont 102 familles de Mae U Su, et 24 familles de Nong Bua. En janvier, les deux sites accueillaient 2 500 personnes, aujourd'hui, ils sont vides.

De nombreux réfugiés qui ont quitté ces camps sont rentrés en Birmanie alors qu'ils ont, à de nombreuses reprises au cours des derniers mois, exprimé leurs craintes à ce sujet. Ils assuraient ne pas souhaiter retourner dans leurs villages, et qu'ils étaient certains de l'état de grande insécurité qui les y attendait. D'autres réfugiés ont fui ailleurs en Thaïlande pour se cacher, notamment vers le site de Mae Salit et ses environs.

Ce retour forcé a pour origine la campagne continue de harcèlement menée par les soldats de l'Armée Royale Thaïe (RTA) depuis plusieurs mois à l’égard de ces réfugiés. Les soldats ont fait pression pour que les populations regagnent la Birmanie, en dépit de nombreux avertissements sur l'impossibilité actuelle d'un retour dans des conditions acceptables de sécurité.

Les autorités Thaies affirment que la situation en Birmanie dans l'état Karen est revenue à la normale, ce qui n'est pas exact, les attaques de l'armée birmanes sur les camps frontaliers côté birman se poursuivant, les mines étant continuellement posées et renouvelées par l'armée birmane et les accidents de plus en plus fréquents sur le territoire Karen. Les exactions de l'armée birmanes sur les populations civiles se poursuivent à un niveau important, (travail forcé, restriction sur les ressources alimentaires et sur l'accès aux soins, assassinats, enlèvements, tortures et contraintes de toutes natures sur les populations civiles les empêchant de vivre normalement et de subvenir à leurs besoins par leurs activités agricoles).

ICRA vient d’adresser un courrier aux autorités thaïlandaises pour protester contre ces retours forcés et demander à la Thaïlande d'annuler la loi martiale qui frappe cette région frontalière, d'accepter et de respecter les accords de la convention de Genève, accords que toute nation respectueuse des droits humains a déjà validés.