Mexique : le mégaprojet du Corridor Interocéanique de l’Isthme de Tehuantepec menace les communautés autochtones
Depuis 2020, le Corridor Interocéanique de l’Isthme de Tehuantepec (CIIT) s’impose dans le sud du Mexique. Peu connu en Europe, ce mégaprojet industriel et logistique concentre pourtant des enjeux stratégiques majeurs pour la restructuration du commerce mondial. En assurant une liaison ferroviaire pour le transport de fret entre les océans Pacifique et Atlantique au niveau de l’isthme (la bande de terre la plus étroite au Mexique), le Corridor Interocéanique se projette comme une alternative ambitieuse au Canal de Panama. Mais derrière le transport de marchandises, c’est une reconfiguration complète de la région qu’il cherche à produire. Des parcs éoliens industriels, des raffineries, des centrales thermoélectriques et des gazoducs défigurent déjà les territoires. Mais ce n’est jamais assez et le projet en cours prévoit d’amplifier considérablement les dégâts existants en accélérant l’industrialisation de la région et la marchandisation des communs vitaux, au profit des entreprises transnationales. Derrière les promesses de croissance économique, de progrès et de modernité vantées par les gouvernements mexicains de López Obrador (2018-2024) et de Sheinbaum (2024-) se cache la réalité violente de la destruction du territoire et de la spoliation, mais aussi de la répression et de la militarisation qui affectent les communautés locales de l’isthme et garantissent la mise en place du CIIT.
En décembre 2025, le déraillement meurtrier du train trans-isthmique (utilisé pour le transport de fret et dans une moindre mesure de passagers), a recentré l’attention nationale et internationale sur le Corridor Interocéanique. La campagne de dénonciation des négligences et irrégularités ayant mené à cet accident prévisible, et plus généralement de l’inutilité et de la nocivité du mégaprojet, a accentué les menaces qui pèsent sur les défenseurs et défenseuses du territoire. L’UCIZONI, dont trois des membres ont été assassinés l’an dernier lors d’une embuscade armée, est dans la ligne de mire des acteurs gouvernementaux, entrepreneuriaux et du crime organisé, qui souhaitent tous que le mégaprojet voit le jour, quel qu’en soit le prix. C’est dans ce contexte de menaces et d’attaques extrêmement graves que le porte-parole Carlos Beas Torres entreprend cette tournée européenne.
De mai à juillet 2026, l’activiste mexicain Carlos Beas Torres, coordinateur de l’UCIZONI (Union des communautés indigènes de la zone nord de l’isthme, créée en 1983) et délégué du CNI (Congrès National Indigène, fondé en 1996 dans le sillage du soulèvement zapatiste), sera en Europe pour réaliser une tournée ! Son objectif est double : d’une part, informer de la situation actuelle des mégaprojets, de la répression et de la militarisation dans l’isthme de Tehuantepec, et d’autre part, tisser par en bas des alliances internationalistes pour défendre les territoires et renforcer les résistances des peuples indigènes du Mexique.
Comité de Solidarité International avec les peuples autochtones des Amériques (CSIA-Nitassinan)

