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Guatemala : des communautés mayas expulsées de leur forêt

La forêt Semuc Champey a été transformée en “aire protégée” sans même demander l’avis de ceux qui l’habitent et en prennent soin depuis des siècles. L’application de ce “modèle de conservation” vient s’ajouter à une longue liste de violations des droits des communautés mayas q’eqchi’s.
[25 Novembre 2016]
Ce sont les communautés mayas q’eqchi’s qui ont donné à cette forêt magique le nom de Semuc Champey, qui se traduit par “le fleuve qui se cache dans la montagne”. C’est aussi avec ce nom que la zone a été enregistrée comme aire protégée par le Conseil national des aires protégées (CONAP), sans demander l’avis de ceux qui ont habité et pris soin de ces terres bien avant la naissance du concept d’aire protégée, et avant qu’elles soient déclarées Monument naturel en 2005.

La catégorie de Monument naturel fait honneur à la beauté du paysage mais, malheureusement, depuis son classement, les communautés indigènes en ont été exclues. Cette situation est devenue évidente en août 2016, lorsque les communautés ont subi une expulsion brutale ordonnée par les autorités gouvernementales, qui est venue s’ajouter à une histoire de violations de leurs droits commises par des exploitants et par les autorités.

Aujourd’hui, les habitants de la zone de Semuc Champey sont injustement qualifiés d’intrus par le CONAP, alors qu’ils habitent ces espaces depuis des centaines d’années et qu’ils ne demandent qu’à gérer leur territoire. Au lieu d’être les protagonistes de la gestion de la zone, ils sont traités comme des spectateurs et ne reçoivent que peu de bénéfices, alors qu’ils voient bien que le « développement » de la zone rapporte de l’argent à des hôtels, à des étrangers, à des agences de voyage et au CONAP lui-même.

Le comportement du CONAP est discutable. Cette affaire montre que, bien qu’elle existe depuis 27 ans, l’institution n’a pas beaucoup évolué en ce qui concerne la vision et la gestion des aires protégées du pays. Pour atteindre son objectif de “protéger la biodiversité”, le CONAP devrait considérer comme prioritaire la participation des populations qui vivent à proximité ou à l’intérieur des aires protégées, plutôt que de les voir comme des ennemies de la conservation.

Les peuples autochtones, originaires et indigènes sont les gardiens fidèles du territoire et de la nature, des forêts de Totonicapan et de Palin aux mangroves du littoral sud notamment. Sans leur travail et leur contribution, le CONAP ne pourrait pas assurer la conservation et la protection du Système guatémaltèque des aires protégées. Par ses actions à l’encontre des communautés q’eqchi’s de Semuc Champey, le CONAP fait reculer la gestion collective des aires protégées et viole le droit des peuples indigènes sur leurs territoires.

Dina Juc, Asociación Utzche
Carlos Salvatierra, membre de SAVIA Guatemala et de COGMANGLAR (Coordinadora Guatemalteca para la defensa de los manglares y la vida)