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Thailande : Hmongs expulsés en masse vers le Laos

Le 28 décembre 2009, les forces thaïlandaises ont renvoyé plus de 4000 Hmongs au Laos. Le Haut commissaire de l’Onu aux réfugiés est “profondément consterné”. Le Laos leur a préparé des “abris temporaires”, le temps de décider de leur nouveau lieu de vie.
Mais le sort réservé aux 4371 personnes d’ethnie hmong, expulsées lundi de Thaïlande par les forces armées, demeure incertain. Et inquiète fortement l’Onu, les Etats-Unis et l’Union européenne qui n’ont rien pu faire, sinon prêcher dans le désert, pour empêcher ces rapatriements forcés.
[05 Janvier 2010]
Les expulsions des Hmongs, immigrés en Thaïlande au cours des 30 dernières années, ont débuté il y a trois ans déjà, rappelle le porte-parole du gouvernement laotien, Khenthong Nuanthasing, et devraient prendre fin ce 31 décembre en vertu d’un accord scellé entre les deux Etats. Si l’opération de lundi se révèle particulièrement spectaculaire, plus de 3000 Hmongs ont en fait déjà été renvoyés ces trois dernières années. “La majorité d’entre eux sont retournés” dans leur région d’origine, a assuré le porte-parole laotien, tandis qu’un petit millier ont été regroupés dans des “nouveaux villages”, modèles, que les autorités montrent en exemple aux visiteurs étrangers sans leur permettre d’en voir plus. Vientiane nie d’ailleurs systématiquement les allégations de persécutions, sur son territoire, de cette minorité montagnarde.

Le Haut commissaire de l’Onu pour les réfugiés, Antonio Guterres, a pourtant exprimé sa “profonde consternation” face à ces retours forcés. Car “certains ont besoin d’une protection internationale”, a-t-il expliqué. “Selon les lois internationales, la Thaïlande a la responsabilité et l’obligation de s’assurer que le retour d’une personne reconnue comme réfugiée ou ayant besoin d’une protection internationale se fait sur une base strictement volontaire. ” Les Etats-Unis, où vit une importante communauté hmong, proposaient d’examiner les possibilités de réinstallation des réfugiés dans des pays tiers. Or, Bangkok a refusé aux inspecteurs du Haut commissariat pour les réfugiés de visiter le camp de Huay Nam Khao afin d’enquêter sur la situation des uns et des autres. Il considère les Hmongs comme des migrants économiques qui ne peuvent prétendre au statut de réfugiés et se veut rassurant en affirmant, pour le reste, que Vientiane a “confirmé qu’il accorderait une amnistie aux leaders Hmongs”, dixit le colonel Thana Charuvat, chargé de diriger les opérations.

Depuis deux ans, la presse n’a plus accès au camp que l’ONG Médecins sans Frontières a quitté pour dénoncer le traitement infligé à ses habitants. C’est donc à l’abri des médias que quelque 5000 militaires armés de matraques et de boucliers antiémeute se sont déployés avant l’aube à Huay Nam Khao pour rapatrier les Hmongs vers le Laos. Le Premier ministre thaïlandais, Abhisit Vejjajiva, a déclaré qu’il n’avait eu à déplorer aucune violence ni résistance, bien qu’un groupe de défense des droits de l’homme ait affirmé que 130 Hmongs avaient tenté de s’opposer à leur expulsion.
La Libre Belgique

Des expulsions forcées qui ne datent pas d’hier…

Le 20 septembre 2007, un accord a été signé entre la Thaïlande et le Laos, en vue du rapatriement de Hmong. Ces derniers au nombre de 7785 se sont progressivement regroupés au camp de Ban Huay Nam Khao dans la province de Phetchabun. Pour le plus grand nombre, ils ont fui le Laos où ils vivaient traqués dans des zones spéciales instituées par le gouvernement populaire pour réduire une guérilla hmong à l’agonie.

Cette dernière avait débuté dès juillet 1975 chez les lieutenants de Vang Pao. Dès 1976, la République populaire du Laos employa les grands moyens pour venir à bout de cette résistance : napalm et armes chimiques. N’ayant que peu de confiance en ses propres troupes dont certaines désertèrent pour rejoindre leurs parents dans la jungle, elle confia à son pays frère le Vietnam le soin de réprimer la guérilla, lors du traité d’amitié et de coopération du 18 juillet 1977. Parmi les résistants hmong les plus intrépides, se trouvaient les disciples de Shong Lue Yang assassiné en 1971 et inventeur en 1959 de l’alphabet hmong Pahauh. Mais en 1978, lors de l’offensive vietnamienne, Her Pao Kao chef de ces Chaofa dut avec des milliers d’autres Hmong s’enfuir en Thaïlande où il s’installa en 1979. La répression n’en continua pas moins en 1980, année où la Thaïlande ferma sa frontière avec le Laos.

Cette même année débuta aux Etats-Unis une polémique qui en 1983 nia l’emploi d’armes chimiques au Laos affirmant que ces pluies jaunes n’étaient que de la « merde d’abeilles » et accusant les Hmong de n’être que des trafiquants de drogue. Un conflit frontalier cependant, entre la Thaïlande et le Laos apparut en 1984 et culmina du 15 décembre 1987 au 18 février 1988 en une “guerre des collines”. C’est peut-être suite à ces circonstances que la résistance hmong déclencha en décembre 1989 une offensive d’envergure qui abouti à la libération de plusieurs villages de la province de Sayaboury. Elle annonça même l’établissement d’un gouvernement provisoire dans la zone libérée. Cette même année certains officiers de la République populaire du Laos se mutinèrent tandis qu’un “groupe social démocrate” de hauts responsables du gouvernement réclamèrent des élections multipartites. La réaction du gouvernement laotien fut immédiate : dès le 14 mai 1990, la province de Sayaboury fut bombardée à l’arme chimique et l’administration de l’Etat fut purgée.

En mars 1991, un accord militaire est signé entre le Laos et la Thaïlande qui lance un mandat d’arrêt contre Vang Pao. De plus, en 1992, des dissensions apparaissent au sein de la résistance en Europe et aux Etats-Unis. Le gouvernement lao s’en prend dorénavant non seulement aux résistants mais aussi à la population et aux fonctionnaires hmong qui pourraient s’opposer à l’Etat. En juin 1994, il crée par décret la zone spéciale de Saysomboun, zone de non-droit où les militaires tirent sur tout ce qui bouge. Pourtant la résistance hmong fait encore parler d’elle en 1998 puis en 1999 où des étudiants manifestent pur la démocratie. En 2000 une série d’attentats à Vientiane sont attribués aux Hmong qui organisent encore des raids dans la province de Xieng Khouang.

Alors que Pa Kao Her est assassiné en Thaïlande en 2002, Moua Toua Ther de la zone spéciale de Saysomboun témoigne des offensives communistes qui enrôlent de force des villageois hmong. En 2003, les journalistes belge et français Thierry Falise et Vincent Reynaud accompagné du Hmong Naw Karl Mua sont emprisonnés au Laos pour avoir réussi à faire un reportage sur les rebelles hmong de la province de Xieng Khouang, peu armés et cernés par les troupes laotiennes. Fin 2004, des “résistants” hmong et leurs familles réussissent à fuir en Thaïlande et à témoigner du sort réservé aux personnes qui se sont rendus aux autorités : exécutions, viols, emprisonnements…

D’autres 2000 les rejoignent : ils viennent du Wat Thamkrakok où ils n’ont pu être enregistrés ni accueillis aux Etats-Unis en 2005. Après plusieurs tentatives de renvoi des réfugiés hmong, l’Australie, les Etats-Unis, le Canada et les Pays-Bas se sont portés volontaires pour réinstaller dans leurs pays 149 Lao-Hmong détenus à Nong Khai, en février 2007. Mais les autorités thaïlandaises, ignorant la pression internationale, ont refusé aux Nations Unies l’accès aux réfugiés et leurs enregistrements en mai 2007. Le 18 du même mois, un accord lao-thaï permit le refoulement de tous les Hmong cherchant à entrer en Thaïlande, accord que les autorités appliquèrent immédiatement. Le 24 juin, les 7785 Hmong ont été déplacés dans le nouveau camp de Tambon Kheg-Noi afin de les isoler de tous les médias et toutes aides non-gouvernementales (il semble que Médecins sans Frontière et Urgence Humanitaire Asie ne peuvent plus poursuivre leurs actions).

Enfin le 20 septembre, un nouvel accord lao-thaï prévoit le rapatriement des 7785 Hmong dans le district de Kasi à 200 kilomètres au Nord de la capitale laotienne Vientiane avant la fin 2008. Le Lt Gen. Nipat Thonglek a annoncé que les personnes à rapatrier seront présélectionnées d’ici la fin de cette année. Toutes ces démarches se sont faites en dehors des instances internationales des Nations Unies qui craignent pour la vie de ces réfugiés “illégaux”.

En juin 2007 Vang Pao, 77 ans, était arrêté aux Etats-Unis pour avoir levé une armée en vue d’attaquer le Laos. En Thaïlande, ce 2 février 2009, 190 Hmong de 44 familles ont été forcés de retourner au Laos tandis qu’en mars – avril, une nouvelle offensive lao-vietnamienne s’en est pris à 6500 civils hmong non armés dans la zone militaire de Saysomboun, région où en 2005 Cyril Payen et Grégoire Deniau avaient filmé le désespoir des troupes de Moua Toua Ther.
icra suisse

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